Boekgegevens
Titel: Exercices de mémoire, de lectures et de déclamation: ou Mélanges, en prose et en vers ...
Auteur: Verenet, George C.
Uitgave: Utrecht: C. van der Post jr, 1862
Auteursrechten: Zie auteursrechten
Citeerinstructie: Bijzondere Collecties van de Universiteit van Amsterdam, UBM: IWO 678 D 63
URL: https://schoolmuseum.uba.uva.nl/bookid/LCSM_205535
Onderwerp: Taal- en letterkunde naar afzonderlijke talen: Franse letterkunde
Trefwoord: Frans, Leermiddelen (vorm), Proza (teksten), Gedichten (teksten)
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   Exercices de mémoire, de lectures et de déclamation: ou Mélanges, en prose et en vers ...
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Le magistrat i), qui pendant ce temps était tapi sur son
banc de verdure pour ne pas interrompre la jenne laitière, la
suivait des yeux en silence, retenant son haleine pour ne pas
se trahir. Il ne savait à quoi attribuer les soins empressés
qu elle donnait à ces rosiers. La figure de cette jeune fille était
charmante; ses yeux exprimaient la candeur et la gaîté; son
y teint semblait se colorer d'un vif éclat qui annonçait une appa-
rente fraîcheur. Cependant l'émotion et la curiosité attirèrent
malgré lui le naturaliste vers la jeune inconnue, au moment
oii elle vidait au pied d'un rosier sa dernière cruchée d'eau.
La jolie villageoise, tressaillant, jette un cri de surprise à la
vue de M. de Malesherbes, qui l'aborde aussitôt, et lui de-
mande qui lui a donné ordre d'arroser ainsi tout ce massif.
„Oh! Monseigneur," dit la jeune fille tout émue, „je n'ai que
de bonnes intentions, je vous assure; je ne suis pas la seule
de ce canton... et c'est aujourd'hui mon tour." — Comment,
votre tour? — Oui, Monseigneur; ce fut hier à Lise, et ce
sera demain à Perrette. — Expliquez-vous, jeune fille, je ne
vous comprends pas. — „Puisque vous m'avez prise sur le fait,
je ne puis plus vous en faire un mystère; aussi-bien ^),je ne
vois pas que ça puisse tant vous fâcher. . . Vous saurez donc,
Monseigneur, que vous ayant vu de nos champs planter vous-
même et soigner ces beaux rosiers, nous nous sommes dit dans
tous les hameaux des environs: 11 faut prouver à celui qui
répand chaque jour tant de bienfaits parmi nous, et qui sait
honorer si bien l'agriculture, qu'il n'oblige pas des ingrats; et
puisqu'il se plaît tant à cultiver des fleurs, il nous faut le servir
sans qu'il s'en doute. Pour cet effet, toute jeune fille, âgée de
i) L'emploi de l'épithète pour le nom est une figure de rhétorique,
connue sous la dénomination d'antonomase; c'est aussi l'emploi d'un pom
propre au lieu d'un nom commun. On dit par antonomase le philosophe
de Genève y pour désigner Rousseau, le vieillard de Ferney, pour dire
Voltaire. C est par la même figure que l'ou dit un voltaire, pour dire
un fauteuil, un divan, pour un sofa, etc.
Aussi-bien est une expression peu usitée; ou l'emploie pour ajouter
à une première raison, une seconde raison qui est de la même force: Je
ne veux point y aller, aussi-bien est-il trop tard.