Boekgegevens
Titel: Exercices de mémoire, de lectures et de déclamation: ou Mélanges, en prose et en vers ...
Auteur: Verenet, George C.
Uitgave: Utrecht: C. van der Post jr, 1862
Auteursrechten: Zie auteursrechten
Citeerinstructie: Bijzondere Collecties van de Universiteit van Amsterdam, UBM: IWO 678 D 63
URL: https://schoolmuseum.uba.uva.nl/bookid/LCSM_205535
Onderwerp: Taal- en letterkunde naar afzonderlijke talen: Franse letterkunde
Trefwoord: Frans, Leermiddelen (vorm), Proza (teksten), Gedichten (teksten)
Bekijk als:      
Scan: Afbeeldinggrootte:
   Exercices de mémoire, de lectures et de déclamation: ou Mélanges, en prose et en vers ...
Vorige scan Volgende scanScanned page
272.
des peuples, dans ces temps où ils agissent spontanément, libre-
ment, sans préméditation, sans intention politique, sans combi-
naison de gouvernement, on y reconnaît ce que Phistoire appelle
des événements héroïques, Tâge héroïque des nations. Les croi-
sades sont, en effet, l'événement héroïque de l'Europe moderne,
mouvement individuel et général à la fois, national et pourtant
non dirigé.
Que tel soit vraiment leur caractère primitif, tous les docu-
ments le disent, tous les faits le prouvent. Quels sont les pre-
miers croisés qui se mettent en mouvement? des bandes popu-
laires; elles partent sous la çonduite de Pierre l'ermite, sans
préparatifs, sans guides, sans chefs, suivies plutôt que conduites
par quelques chevaliers obscurs; elles traversent l'Allemagne,
l'empire grec, et vont se disperser ou périr dans l'Asie mineure.
La classe supérieure, la noblesse féodale s'ébranle à son tour
pour la croisade. Sous le commandement de Godefroi de Bouil-
lon , les seigneurs et leurs hommes partent pleins d'ardeur. Lors-
qu'ils ont traversé PAsie mineure, il prend aux chefs des croisés
un accès de tiédeur et de fatigue; ils ne se soucient pas de
continuer leur route; ils voudraient s'occuper d'eux-mêmes, faire
des conquêtes, s'y établir. Le peuple de l'armée se soulève; il
veut aller à Jérusalem, la délivrance de Jérusalem est le but
de la croisade; ce n'est pas pour gagner des principautés à
Eaimond de Toulouse, ni à Boémond, ni à aucun autre que
les croisés sont venus. L'impulsion populaire, nationale, euro-
péenne, remporte sur toutes les intentions individuelles; les
chefs n'ont point sur les masses assez d'ascendant pour les
soumettre à leurs intérêts. Les souverains, qui étaient restés
étrangers à la première croisade, sont enfin emportés dans le
mouvement comme les peuples. Les grandes croisades du 12®
siècle sont commandées par des rois.
Je passe tout à coup à la fin du 13® siècle. On parle encore
en Europe des croisades, on les prêche même avec ardeur.
Les papes excitent les souverains et les peuples; on tient des
conciles pour recommander la Terre-Sainte; mais personne n'y
va plus, personne ne s'en soucie plus. Il s'est passé dans l'es-
prit européen, dans la société européenne, quelque chose qui