Boekgegevens
Titel: Exercices de mémoire, de lectures et de déclamation: ou Mélanges, en prose et en vers ...
Auteur: Verenet, George C.
Uitgave: Utrecht: C. van der Post jr, 1862
Auteursrechten: Zie auteursrechten
Citeerinstructie: Bijzondere Collecties van de Universiteit van Amsterdam, UBM: IWO 678 D 63
URL: https://schoolmuseum.uba.uva.nl/bookid/LCSM_205535
Onderwerp: Taal- en letterkunde naar afzonderlijke talen: Franse letterkunde
Trefwoord: Frans, Leermiddelen (vorm), Proza (teksten), Gedichten (teksten)
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   Exercices de mémoire, de lectures et de déclamation: ou Mélanges, en prose et en vers ...
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261.
pareil que Guillaume Tell sut braver les abîmes, et s'attacher
à des écueils pour échapper à ses tyrans. Nous aperçûmes
alors dans le lointain cette montagne qui porte le nom de
Yierge {Jungfrau)-, aucun voyageur n'a jamais pu gravir jusqu'à
son sommet; elle est moins haute que le mont Blanc, et cepen-
dant elle inspire plus de respect, parce qu'on la sait inaccessible ' ).
Nous arrivâmes à Unterseen et le bruit de l'Aare, qui
tombe en cascade autour de cette petite ville, disposait l'àme
à des impressions rêveuses. Les étrangers, en grand nombre,
étaient logés dans les maisons de paysans, fort propres, mais
rustiques. Il était assez piquant de voir se promener, dans la
rue d'Unterseen, de jeunes Parisiens tout à coup transportés
dans la vallée de la Suisse; ils n'entendaient plus que le bruit
des torrents; ils ne voyaient plus que des montagnes, et cher-
chaient si dans ces lieux solitaires ils pourraient s'ennuyer assez
pour retourner avec plus de plaisir encore dans le monde.
Le soir qui précéda la fête, on alluma des feux sur les
montagnes; c'est ainsi que jadis les libérateurs de la Suisse
donnèrent le signal de leur sainte conspiration. Ces feux pla-
cés sur les sommets ressemblaient à la lune lorsqu'elle se lève
derrière les montagnes, et qu'elle se montre à la fois ardente
et paisible. On eût dit que des astres nouveaux venaient assister
au plus touchant spectacle que notre monde puisse encore offrir.
L'un de ces signaux enflammés semblait placé dans le ciel,
d'où il éclairait les ruines du château d'Unspunnen autre-
fois possédé par le duc de Zsehringen, Berthold V, le fonda-
teur de Berne, en mémoire de qui se donnait la fête *). Des
1) La Jnngfrau, cette montagne si longtemps réputée inaccessible, fut
gravie pour la première fois en août 1812, par les frères Meyer d'Aarau,
et les guides valaisans Aloys Volker et Joseph Bartes, et depuis par six
paysans de Grindelwald. — Plusieurs Anglais en ont aussi fait l'ascension.
î) Sur la rive droite de TAare, qui forme en cet endroit plusieurs îlots.
3) La fondation de ce château remonte au-delà du X® siècle; car, à cette
époque, il était déjà le manoir des puissants seigneurs de ce nom.
4) Walter de Wadenschweil, un jeune page du duc de Zsehringen, Ten-
nemi mortel de Burkard,ie dernier rejeton des Unspuunen, ayant enlevé
la belle Ida, fille unique du vieux baron, s'enfuit avec elle à Berne, où
il répousa. Quelques années après, voulant réconcilier le dernier des Un-