Boekgegevens
Titel: Exercices de mémoire, de lectures et de déclamation: ou Mélanges, en prose et en vers ...
Auteur: Verenet, George C.
Uitgave: Utrecht: C. van der Post jr, 1862
Auteursrechten: Zie auteursrechten
Citeerinstructie: Bijzondere Collecties van de Universiteit van Amsterdam, UBM: IWO 678 D 63
URL: https://schoolmuseum.uba.uva.nl/bookid/LCSM_205535
Onderwerp: Taal- en letterkunde naar afzonderlijke talen: Franse letterkunde
Trefwoord: Frans, Leermiddelen (vorm), Proza (teksten), Gedichten (teksten)
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   Exercices de mémoire, de lectures et de déclamation: ou Mélanges, en prose et en vers ...
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259.
cœur brisé de douleur, elle publia une défense de la reine Marie-Antoinette,
prière touchante et admirable, mais inutile. Enfin, des jours meilleurs se
lèvent; madame de Staël reparaît en France, et y fonde de nouveau l'esprit
de société. Après ces temps de rudesse et de cruauté, elle ramena l'influence
de l'esprit et l'influence des femmes. Mais bientôt Bonaparte, devenu tout-
puissant, au milieu de sa gloire et de sa force, avait singulièrement peur
de la liberté d'esprit, de la réflexion et de l»examen. Aussi madame de Staël,
I)our n'être pas éloignée de Paris, ce qui lui semblait un supplice, un affreux
exil, n'écrivit plus que sur la critique; elle composa son ouvrage de la Lxtté-'
rature considérée dans ses rapports avec les institutions sociales, exposition du
système de la perfectibilité appliqué à l'histoire de la littérature. Ce livre fut
le prospectus du romantisme : l'auteur réclame dans la littérature la place qui
doit appartenir à l'élément chrétien et à l'élément du Nord, trop efl^acés par
la renaissance classique. Napoléon, qu'elle haïssait, et qui la craignait, crut
voir dans l'ouvrage de madame de Staël des principes contraires aux opinions
politiques de son gouvernement; bientôt, devenue l'objet de ses persécutions,
elle fut obligée de s'exiler. C'est dans son exil, à quarante lieues de Paris,
que madame de Staël écrivit le roman de Delphine- (1803), qui réunit à
la finesse de l'observation morale tant de verve éloquente. Delphine est
le portrait d'une femme supérieure, dominée par ses affections, qui ne peut
s'astreindre ù suivre les voies régulières que l'opinion lui trace, et qui
devient malheureuse pour s'en être écartée. — La mort de M. Necker M,
dont la gloire était pour elle un culte qui anima toute sa vie, l'accabla
d'un cruel chagrin. Découragée par l'état du gouvernement français, ma-
dame de Staël partit pour l'Italie, afin de se reposer et de se distraire par
l'impression paisible des arts. Ce voyage lui inspira Corinne, sou chef-
d'œuvre littéraire, où, sous la forme ingénieuse d'un roman, elle sut en-
cadrer une brillante peinture de l'Italie, de ses coutumes, de ses arts et
de sa littérature. Kevenue en France, mais toujours à quarante lieues de
Paris, madame de Staël s'occupa d'un autre ouvrage qui semblait à l'abri
des défiances du pouvoir: c'était une description de la société en Allemagne;
une analyse des monuments les plus célèbres de la poésie et de la philo-
sophie allemande. Cependant ce livre de VAllemagne blessa de nouveau la
susceptibilité de Napoléon: un ordre subit fit détruire tous les exemplaires,
il exila l'auteur de France. Retirée dans un château près de Genève,
madame de Staël n'écrivait plus; elle parlait avec peu de monde. Le roi
de Rome venait de naître, on la pria de saisir cette occasion pour faire
sa paix: il sufiasait de célébrer la naissance de l'héritier du grand empereur.
Fidèle à ses principes, elle répondit à ses conseillera: »Tout ce que je puis
faire pour le roi de Rome, c'est de lui souhaiter une bonne nourrice."
Ces mots téméraires rapportés ^ Napoléon le blessèrent pronfondément.
1) Né à Genève en 1734, il mourut dans la même ville en 1804.
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