Boekgegevens
Titel: Exercices de mémoire, de lectures et de déclamation: ou Mélanges, en prose et en vers ...
Auteur: Verenet, George C.
Uitgave: Utrecht: C. van der Post jr, 1862
Auteursrechten: Zie auteursrechten
Citeerinstructie: Bijzondere Collecties van de Universiteit van Amsterdam, UBM: IWO 678 D 63
URL: https://schoolmuseum.uba.uva.nl/bookid/LCSM_205535
Onderwerp: Taal- en letterkunde naar afzonderlijke talen: Franse letterkunde
Trefwoord: Frans, Leermiddelen (vorm), Proza (teksten), Gedichten (teksten)
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   Exercices de mémoire, de lectures et de déclamation: ou Mélanges, en prose et en vers ...
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Né à Bruxelles en J735, et mort à Vienne en 1814, Charles-joseph,
prince pe ligne, se distingua dans la guerre de sept ans, et dans celle de
la succession de Bavière. Doué de beaucoup d'esprit, il a publié un grand
nombre d'ouvrages où l'on trouve des leçons utiles, présentées sous une
forme toujours originale et piquante. — »De cette vérité un conte fera foi."
Le Lapin de La Fontaine.
„Je m'étais ennuyé longtemps et j'en avais ennuyé bien
d'autres. Je voulus m'ennuyer tout seul. J'ai une fort belle
forêt: j'y allai un jour, ou, pour mieux dire, un soir, pour
tirer un lapin. C'était à l'heure de l'affût i). Quantité de la-
pereaux paraissaient, disparaissaient, se grattaient l'oreille,
faisaient raille bonds, mille tours; mais toujours si vite, que
je n'avais pas le temps de lâcher mon coup. Un ancien, d'un
poil un peu plus gris, d'une allure un peu plus posée parut
tout d'un coup au bord de son terrier. Après avoir fait sa toi-
lette tout à son aise (car c'est de là qu'on dit 'propre comme
un lapin), voyant que je tenais mon fusil en joue : „Tire donc,"
me dit-il, „qu'attends-tu?" Oh! je vous avoue que je fus
saisi d'étonnement! Je n'avais jamais tiré qu'à la guerre sur
des animaux qui parlent. — „Je n*en ferai rien," lui dis-je,
„tu es sorcier." — »Moi, point du tout," répondit-il, „je suis
un vieux lapin de La Fontaine." Pour le coup, je tombai de
mon haut. Je me mis à ses petits pieds; je lui demandai mille
pardons et lui fis des reproches de ce qu'il s'était exposé. „Eh!
d'où vient cet ennui de vivre," ajoutai-je?" — „De tout ce que
je vois." — „N'avez-vous pas le même thym, le même ser-
polet?" — »Oui, mais ce ne sont plus les mêmes gens. Si tu
savais avec qui je suis obligé de passer ma vie! Hélas! ce ne
sont plus les bêtes de mon temps. Ce sont de petits lapins
musqués qui cherchent des fleurs. Ils veulent se nourrir de
roses, au lieu d'une bonne feuille de chou qui nous suffisait
autrefois. Ce sont des lapins géomètres, politiques, philosophes;
ij Lieu où l'on se cache pour attendre le gibier.