Boekgegevens
Titel: Exercices de mémoire, de lectures et de déclamation: ou Mélanges, en prose et en vers ...
Auteur: Verenet, George C.
Uitgave: Utrecht: C. van der Post jr, 1862
Auteursrechten: Zie auteursrechten
Citeerinstructie: Bijzondere Collecties van de Universiteit van Amsterdam, UBM: IWO 678 D 63
URL: https://schoolmuseum.uba.uva.nl/bookid/LCSM_205535
Onderwerp: Taal- en letterkunde naar afzonderlijke talen: Franse letterkunde
Trefwoord: Frans, Leermiddelen (vorm), Proza (teksten), Gedichten (teksten)
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   Exercices de mémoire, de lectures et de déclamation: ou Mélanges, en prose et en vers ...
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Un matin il était auprès de sa charmante épouse et s'entre-
tenait avec elle, lorsqu'un valet de chambre de Madame la mère
arriva tout effaré. „Voici bien d'autres nouvelles," dit-il; „des
huissiers déménagent la maison de Monsieur et de Madame.
Tout est saisi par des créanciers; on parle de prise de
corps, et je vais faire mes diligences pour être payé de mes
gages."
„Voyons un peu," dit le Marquis, „ce que c'est que tout
çà." —■ „Oui," dit la veuve, „allez vite."— Il part et il ar-
rive bientôt à la maison. Son père était déjà emprisonné; sa
mère était seule, sans consolations, noyée dans ses larmes.
Après que le fils eut longtemps pleuré avec la mère, il lui
dit enfin: „Ne nous désespérons pas; cette jeune veuve m'aime
éperdûment; elle est plus généreuse encore que riche; je vole
à elle et je vais vous l'amener."
Le jeune homme retourne donc chez la veuve: „Quoi!" lui
dit celle-ci en le voyant, „c'est vous Monsieur de la Jeanno-
tière! Que venez-vous faire encore ici? Abandonne-t-on ainsi
sa mère? Vous direz à cette pauvre dame que j'ai besoin d'ime
femme de chambre, et que je lui donnerai la préférence."
Le Marquis stupéfait, la rage dans le cœur, alla chercher
son ancien gouverneur, déposa ses douleurs dans son sein et
lui demanda des conseils. Celui-ci lui proposa de se faire,
comme lui, gouverneur d'enfants.
Le jeune Marquis, qui ne savait rien, parce que son gou-
verneur ne lui avait rien enseigné, plus désespéré que jamais,
fut près de s'évanouir. Kepoussé de toutes parts, abandonné
de ses anciens amis, il apprit mieux à connaître le monde dans
une demi-jom-née que dans tout le reste de sa vie.
Comme Monsieur de la Jeannotière était plongé dans l'acca-
blement du désespoir, il vit avancer une chaise roulante. 11 y
avait, dans la chaise, un jeune homme grossièrement vêtu;
c'était un visage rond et frais, qui respirait la douceur et la
gaîté. Sa petite femme brune et assez avenante, était cahotée
à côté de lui.
La voiture n'allait pas comme le char du petit-maître. Le
voyageur eut tout le temps de contempler le Marquis immobile.