Boekgegevens
Titel: Exercices de mémoire, de lectures et de déclamation: ou Mélanges, en prose et en vers ...
Auteur: Verenet, George C.
Uitgave: Utrecht: C. van der Post jr, 1862
Auteursrechten: Zie auteursrechten
Citeerinstructie: Bijzondere Collecties van de Universiteit van Amsterdam, UBM: IWO 678 D 63
URL: https://schoolmuseum.uba.uva.nl/bookid/LCSM_205535
Onderwerp: Taal- en letterkunde naar afzonderlijke talen: Franse letterkunde
Trefwoord: Frans, Leermiddelen (vorm), Proza (teksten), Gedichten (teksten)
Bekijk als:      
Scan: Afbeeldinggrootte:
   Exercices de mémoire, de lectures et de déclamation: ou Mélanges, en prose et en vers ...
Vorige scan Volgende scanScanned page
88
doublée de liège, dans la poche, la loupe et la palette en sau-
toir; riche et fier de quelques lambeaux d'une nomenclature
hasardée qui m'initiait du moins au langage d'un autre univers,
oil je pourrais marcher le cœur libre, la tête haute et les cou-
dées franches, avec plus d'indépendance que ne m'en promettait
le monde factice des hommes.
Il y avait alors dans ma ville natale un homme d'une qua-
rantaine d'années qui s'appelait M. de C..., et qu'au temps
dont je parle on appelait plus communément le citoyen Justin,
du nom de son patron, parce que la révolution lui avait ôté
celui de son père. C'était un ancien officier du génie, qui avait
passé sa vie en études scientifiques, et qui dépensait sa fortune
en bonnes œuvres. Simple et austère dans ses mœurs, doux et
affectueux dans ses relations, inflexible dans ses principes, mais
tolérant par caractère, bienveillant pour tout le monde, capable
de tout ce qui est bon, digne de tout ce qui est grand, et
modeste jusqu'à la timidité au milieu des trésors de savoir
qu'avait amassés sa patience ou devinés son génie; discutant
peu, ne pérorant pas, ne contestant jamais; toujours prêt à.
éclairer l'ignorance, à ménager l'erreur, à respecter la convic-
tion, à compatir à la folie, il vous aurait rappelé Platon, Fé-
nelon ou Malesherbes; mais je ne le compare à personne: les
comparaisons lui feraient tort. Le vulgaire soupçonnait qu'il
était fort versé dans la médecine, parce qu'on le voyait le pre-
mier et le dernier au chevet des pauvres malades, et qu'il était
à son aise, parce qu'il fournissait les remèdes; mais on le croyait
aussi un peu bizarre, parce qu'il était avec moi le seul du pays
qui se promenât dans la campagne, armé. .. d'un filet de gaze,
et qui en fauchât légèrement la cime des hautes herbes sans les
endommager, pour leur ravir quelques mouches aux écailles
dorées, dont personne ne pouvait s'expliquer l'usage. Cette!
analogie de goûts rapprocha bientôt nos âges si éloignés. Lel
hasard voulait qu'il eût été l'ami de mon père, et je ne tardai^
pas à trouver en lui un autre père dont le mien fut un moment
jaloux; mais ils s'entendirent mieux pour mon bonheur que les
deux mères du jugement de Salomon. Ils se partagèrent ma
vie pour l'embellir tous les deux. — Il le fallait. Il arriva