Boekgegevens
Titel: Choix de lectures françaises: à l'usage des maisons d'éducation et des personnes qui aiment la prose et la poésie: littérature de l'adolescence et de l'âge mûr
Auteur: Verenet, George C.
Uitgave: Utrecht: J.-G. Broese, 1868
2e ed
Auteursrechten: Zie auteursrechten
Citeerinstructie: Bijzondere Collecties van de Universiteit van Amsterdam, UBM: Obr. 8885
URL: https://schoolmuseum.uba.uva.nl/bookid/LCSM_202173
Onderwerp: Taal- en letterkunde naar afzonderlijke talen: Franse letterkunde
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   Choix de lectures françaises: à l'usage des maisons d'éducation et des personnes qui aiment la prose et la poésie: littérature de l'adolescence et de l'âge mûr
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à peu près comme les quakers. Une industrie mercantile les occupe
presque tous ; mais on n'entend pas le moindre bruit dans le village.
Chacun travaille avec régularité et tranquillité, et l'action intérieure
des sentiments religieux apaise tout autre mouvement.
Les filles et les veuves habitent ensemble dans un grand dortoir;
et, pendant la nuit, une d'elles veille tour à tour pour prier, ou
pour soigner celles qui pourraient tomber malades. Les hommes
non mariés vivent de la même manière. Ainsi, il existe une grande
famille pour celui qui n'a pas la sienne; et le nom de frère et de
sœur est commun à tous les chrétiens.
A la place de cloches, des instruments à vent, d'une très-belle
harmonie, invitent au service divin. En marchant pour aller à
l'église, au son de cette musique imposante, on se sentait enlevé
à la terre; on croyait entendre les trompettes du jugement dernier;
non telles que le remords nous les fait craindre, mais telles qu'une
pieuse confiance nous les fait espérer; il semblait que la miséricorde
divine se manifestât dans cet appel, et prononçât d'avance un par-
don régénérateur.
L'église était décorée de roses blanches et de fleurs d'aubépine;
les tableaux n'étaient point bannis du temple, et la musique y était
cultivée, comme faisant partie du culte: on n'y chantait que des
psaumes; il n'y avait ni sermon, ni messe, ni raisonnement, ni
discussion théologique; c'était le culte de dieu, en esprit et en
vérité. Les femmes, toutes en blanc, élaient rangées les unes à
côté des autres, sans aucune distinction quelconque ; elles semblaient
des ombres innocentes qui venaient comparaître devant le tribunal
de la Divinité.
Le cimetière des Moraves est un jardin dont les allées sont
marquées par des pierres funéraires, à côté desquelles on a planté
un arbuste à fleurs. Toutes ces pierres sont égales; aucun de ces
arbustes ne s'élève au-dessus de l'autre; et la même épilaphe sert
pour tous les morts: »11 est né tel jour, et tel autre il est re-
tourné dans sa patrie." Admirable expression pour désigner le
terme de notre vie ! Les anciens disaient: »11 a vécu," et jetaient
ainsi un voile sur la tombe, pour en dérober l'idée. Les chrétiens
placent au-dessus d'elle l'étoile de l'espérance.
Me. de Staël.