Boekgegevens
Titel: Choix de lectures françaises: à l'usage des maisons d'éducation et des personnes qui aiment la prose et la poésie: littérature de l'adolescence et de l'âge mûr
Auteur: Verenet, George C.
Uitgave: Utrecht: J.-G. Broese, 1868
2e ed
Auteursrechten: Zie auteursrechten
Citeerinstructie: Bijzondere Collecties van de Universiteit van Amsterdam, UBM: Obr. 8885
URL: https://schoolmuseum.uba.uva.nl/bookid/LCSM_202173
Onderwerp: Taal- en letterkunde naar afzonderlijke talen: Franse letterkunde
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   Choix de lectures françaises: à l'usage des maisons d'éducation et des personnes qui aiment la prose et la poésie: littérature de l'adolescence et de l'âge mûr
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LE DOUILLET.
Avez-vous rencontré dans le monde un homme poupin, marchant
comme sur des œufs, mettant son mouchoir sur sa bouche s'il
fait du vent, calfeutré en hiver comme une porte de serre chaude,
parlant de ses maux et de son régime à qui veut l'entendre, s'écou-
tant respirer, s'observant digérer, et faisant de la journée douze
heures de précautions et de soins minutieux pour sa petite per-
sonne? Il connaît les propriétés de chaque aliment, et l'effet qu'il
doit produire sur son estomac; il mange moins ce qu'il aime que
ce qui lui convient, et on ne lui entend jamais dire, dans les
festins où il se trouve : Tel plat est bon, mais : voilà qui est
léger y voilà qui est bilieux; ceci est pesant, cela est trop
gras, trop indigeste....
11 semble que le douillet n'ait reçu la vie que pour s'en faire
un sujet perpétuel d'inquiétude; l'état physique de son corps, voilà
le seul objet de ses pensées, le but de toutes ses actions; il rêve
toujours à ses incommodités, aux moyens d'y porter remède, et
ne se promène point pour jouir de l'aspect de la belle nature,
mais parce que l'exercice lui convient, ou bien pour récolter des
mauves qui le rafraîchissent, du sureau pour ses refroidissements,
et des camomilles pour ses embarras gastriques. Il ne marche
point sans papier dans le fond de son chapeau, afin d'éviter les
coups de soleil; ses oreilles sont tamponnées de ouate ou de gutta-
percha, sa peau est couverte de flanelle de la tête aux pieds, ses
souliers imperméables ont double semelle, etil a presque toujours
du linge de rechange au fond de sa poche en cas de transpiration
ou même de moiteur.
Le douillet évite l'ombre, fuit l'humidité du matin, la chaleur
du jour, la rosée du soir, et redoute sans cesse quelque chose,
parce que tout suivant lui peut porter atteinte à sa frêle consti-
tution. Il a un thermomètre dans sa chambre, afin de la tenir
sans cesse à la molle température des orangers; il a aussi un
baromètre et un hygromètre qu'il consulte longtemps avant de
sortir, et malgré ces précautions contre les variations de l'atmos-
phère, afin de n'être pas pris au dépourvu, il porte une canne à
parapluie. Fort sensible au froid, le douillet est frileux.
Le douillet s'effraie d'un rhume, s'inquiète pour une engelure,
et consulte la faculté pour un *hoquet; étendu dans son fauteuil