Boekgegevens
Titel: Choix de lectures françaises: à l'usage des maisons d'éducation et des personnes qui aiment la prose et la poésie: littérature de l'adolescence et de l'âge mûr
Auteur: Verenet, George C.
Uitgave: Utrecht: J.-G. Broese, 1868
2e ed
Auteursrechten: Zie auteursrechten
Citeerinstructie: Bijzondere Collecties van de Universiteit van Amsterdam, UBM: Obr. 8885
URL: https://schoolmuseum.uba.uva.nl/bookid/LCSM_202173
Onderwerp: Taal- en letterkunde naar afzonderlijke talen: Franse letterkunde
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   Choix de lectures françaises: à l'usage des maisons d'éducation et des personnes qui aiment la prose et la poésie: littérature de l'adolescence et de l'âge mûr
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les fruits de leur terre natale. Bientôt le Russe opulent s'empare
des richesses qu'on lui présente, et jette l'or, sans compter, à l'avide
marchand.
Nous rencontrions de temps en temps d'élégantes chaloupes, dont
on avait retiré les rames, et qui se laissaient aller doucement au
paisible courant de ces belles eaux. Les rameurs chantaient un air
national, tandis que leurs maîtres jouissaient en silence de la beauté
du spectacle et du calme de la nuit.
Près de nous une longue barque emportait rapidement une noce
de riches négociants. Un baldaquin cramoisi, garni de franges
d'or, couvrait le jeune couple et les parents. Une musique russe,
resserrée entre deux files de rameurs, envoyait au loin le son de
ses bruyants cornets. Cette musique n'appartient qu'à la Russie,
et c'est peut-être la seule chose particulière à un peuple, qui ne
soit pas ancienne. Une foule d'hommes vivants en ont connu
l'inventeur, dont le nom réveille constamment dans sa patrie l'idée
de l'antique hospitalité, du luxe élégant et des nobles plaisirs,
La statue équestre de Pierre 1er s'élève sur le bord de la Néva,
à l'une des extrémités de l'immense place d'Isaac. Son visage
sévère regarde le fleuve et semble encore animer cette navigation,
créée par le génie du fondateur. Tout ce que l'oreille entend, tout
ce que l'œil contemple sur ce superbe théâtre n'existe que par une
pensée de la tète puissante qui fit sortir d'un marais tant de monu-
ments pompeux. Sur ces rives désolées, d'où la nature semble
avoir exilé la vie, Pierre assit sa capitale et se créa des sujets.
Son bras terrible est encore étendu sur leur postérité, qui se presse
autour de l'auguste effigie; on regarde, et l'on ne sait si cette
main de bronze protège ou menace.
A mesure que notre chaloupe s'éloignait, le chant des bateliers
et le bruit confus de la ville s'éteignaient insensiblement. Le soleil
était descendu sous l'horizon ; des nuages brillants répandaient une
clarté douce, un demi-jour doré qu'on ne saurait peindre, et que
je n'ai jamais vu ailleurs. La lumière et les ténèbres semblaient
se mêler et comme s'entendre pour former le voile transparent qui
couvre alors ces campagnes.
Si le ciel, dans sa bonté, me réservait un de ces moments si
rares dans la vie, où le cœur est inondé de joie par quelque bon-
heur extraordinaire et inattendu; si une femme, des enfants, des
frères séparés de moi depuis longtemps, et sans espoir de réunion,
devaient tout à coup tomber dans mes bras, je voudrais, oui, je