Boekgegevens
Titel: Choix de lectures françaises: à l'usage des maisons d'éducation et des personnes qui aiment la prose et la poésie: littérature de l'adolescence et de l'âge mûr
Auteur: Verenet, George C.
Uitgave: Utrecht: J.-G. Broese, 1868
2e ed
Auteursrechten: Zie auteursrechten
Citeerinstructie: Bijzondere Collecties van de Universiteit van Amsterdam, UBM: Obr. 8885
URL: https://schoolmuseum.uba.uva.nl/bookid/LCSM_202173
Onderwerp: Taal- en letterkunde naar afzonderlijke talen: Franse letterkunde
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   Choix de lectures françaises: à l'usage des maisons d'éducation et des personnes qui aiment la prose et la poésie: littérature de l'adolescence et de l'âge mûr
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€t lui donna le nom du Lys avec des terres considérables. Mais
on dira toujours Jeanne d'Arc; le nom de noblesse est oublié, le
nom de gloire vivra éternellement.
Dès lors Jeanne se contenta de partager avec courage les périls
de la guerre et d'exposer à chaque instant sa vie pour Charles VII ;
mais elle ne commandait plus les troupes et ne donnait point de
conseils; elle avait toujours l'héroïsme de la guerre, elle n'en avait
plus le génie. Après vingt combats, où elle fit des prodiges de
valeur, elle fut blessée à l'attaque de Paris et prise au siège de
Compiègne, dans une sortie. Jamais les victoires de Crécy, de
Poitiers, d'Azincourt, n'excitèrent parmi les Anglais d'aussi grands
transports de joie. Le duc de Bedford fit chanter un Te Beum
solennel dans l'église de Notre-Dame de Paris, et ses courriers
allèrent de ville en ville annonçant la prise de Jeanne d'Arc, la
sorcière. Les Anglais qu'elle avait vaincus, les Français qu'elle
avait sauvés, se réunirent dans cette stupide croyance, et sous les
lentes, et sous les chaumes, on ne la nomma plus que la sorcière.
Rien ne devient populaire comme l'absurde; rien aux yeux du
monde ne ressemble au crime comme un revers.
Conduite au château de Beaulieu, et transférée dans ia forteresse
de Beaurevoir, les insultes et les railleries de ses gardiens déter-
minèrent l'illustre captive à tout tenter pour sortir de prison ; elle
trouva moyen de se jeter du haut d'une fenêtre de la tour, et
toute blessée, elle se traîna vers quelques chaumières voisines.
»C'est moi qui suis Jeanne d'Arc," criait-elle, »oh! par pitié,
ouvrez à Jeanne d'Arc, qui a délivré Orléans et fait sacrer le roi
à Rheims!..." Mais elle entendait aussitôt des voix qni disaient :
» N'ouvrez pas, c'est la sorcière!" Et si quelque jeune enfant, dans
son ignorance, lui apportait un verre d'eau, les parents accouraient
vite, cassaient le verre qu'elle avait à peine touché du doigt, et
lui jetant de l'eau bénite au visage : »Tiens, bois, sorcière!" lui
criaient-ils; et ils s'enfuyaient avec de grands signes de croix.
Ce fut alors que Jeanne douta d'elle-même, au point de ne plus
savoir si elle avait été inspirée de dieu ou possédée du démon.
Elle retomba quelques heures après son évasion entre les mains de
ses geôliers, qui la conduisirent à Rouen, dont les Anglais étaient
encore maîtres, et où elle fut jetée dans un cachot infect, sans
<|u'aucune épée ni aucune voix s'élevât en France pour la secourir
ou la réclamer. Accusée de magie, elle fut condamnée à être
inù'ée vive, et son supplice fut fixé au 30 mai 1431.