Boekgegevens
Titel: Choix de lectures françaises: à l'usage des maisons d'éducation et des personnes qui aiment la prose et la poésie: littérature de l'adolescence et de l'âge mûr
Auteur: Verenet, George C.
Uitgave: Utrecht: J.-G. Broese, 1868
2e ed
Auteursrechten: Zie auteursrechten
Citeerinstructie: Bijzondere Collecties van de Universiteit van Amsterdam, UBM: Obr. 8885
URL: https://schoolmuseum.uba.uva.nl/bookid/LCSM_202173
Onderwerp: Taal- en letterkunde naar afzonderlijke talen: Franse letterkunde
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   Choix de lectures françaises: à l'usage des maisons d'éducation et des personnes qui aiment la prose et la poésie: littérature de l'adolescence et de l'âge mûr
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conduirai le roi à Rheims, pour y ôte sacré, malgré tous les
Anglais, ainsi que me Ta fait savoir noire seigneur, par sou
archange saint-Michel;" et que lui, Robert de Beaudricourt. après
l'avoir longtemps traitée de visionnaire, s'était enfin décidé à la
faire partir avec quelques hommes d'armes, en lui jetant pour
adieu ces mots: »Va, et advienne tout ce qu'il pourra."
Or, la jeune fille attendait daus une auberge de Chinon. Après
de longues hésitations, car on craignait d'être le jouet de quelque
ruse de l'ennemi, la curiosité l'emporta ; la paysanne fut donc
admise à l'audience du roi. Elle se présenta en habit de guerrier
mais sa chevelure rejetée en arrière et flottant sur ses épaules.
Elle était grande et forte, mais ses traits étaient d'une rare dé-
licatesse, et son regard et sa voix d'une douceur inexprimable.
Quelque chose de rêveur, une teinte de tristesse angélique, une
expression d'innocence virginale, formaient le caractère de sa phy-
sionomie^, et contrastaient merveilleusement avec la vigueur de ses
bras et de son corps, et son attitude martiale. Charles, pour l'é-
prouver, avait ùté tous ses insignes royaux, et s'était mêlé parmi
la foule des courtisans; mais la jeune fille alla droit à lui sans
hésiter un instant, et, s'agenouillant avec une noble humilité:
»Gentil dauphin, dieu vous donne bonne vie. J'ai nom Jeanne la
vierge." — »Je ne suis pas celui qui est le roi, Jeanne, répondit
Charles VII, en indiquant un des jeunes seigueurs : «voilà le
roi!" — »Eh! mon prince!" répliqua Jeanne, »gentil prince,
c'est vous qui êtes le roi, et non un autre. Mon noble dauphin,'"
continua-t-elle, //je viens et suis envoyée de la part de notre
seigneur à tous, pour prêter secours à vous et au royaume."
Quelques jeunes courtisans souriaient de cet étrange secours;
quelques prélats croyaient y voir le doigt de dieu, d'autres une
machination de l'enfer; car, pour ce qui est surnaturel, il y a
toujours cette désolante alternative. Cependant le roi, s'étant en-
tretenu seul avec elle, revint dire que celte jeune fille lui avait
révélé certaines choses secrètes, que nul, dieu seul excepté, ne
pouvait et ne devait savoir. Laissons la cour et les théologiens
s'épuiser en conjectures, en interrogatoires et en examens, avant
de permettre à la bergère de combattre les léopards 1), et de sauver
le grand troupeau; ramenons-la, en idée, sous le toit de chaume
1) UAngleterre j par allusion aux léopards qui figurent dans ses
armoiries.