Boekgegevens
Titel: Choix de lectures françaises: à l'usage des maisons d'éducation et des personnes qui aiment la prose et la poésie: littérature de l'adolescence et de l'âge mûr
Auteur: Verenet, George C.
Uitgave: Utrecht: J.-G. Broese, 1868
2e ed
Auteursrechten: Zie auteursrechten
Citeerinstructie: Bijzondere Collecties van de Universiteit van Amsterdam, UBM: Obr. 8885
URL: https://schoolmuseum.uba.uva.nl/bookid/LCSM_202173
Onderwerp: Taal- en letterkunde naar afzonderlijke talen: Franse letterkunde
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   Choix de lectures françaises: à l'usage des maisons d'éducation et des personnes qui aiment la prose et la poésie: littérature de l'adolescence et de l'âge mûr
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IVnVayai ; il tourbillonnait de vertige, et de moins en moins songeait
à sortir. Mon impatience croissait, j'y allai plus fort, et trop fort
sans doute... il tomba sur l'appui de la fenêtre, et ne se releva plus.
Était-il mort ou étourdi? Je ne fermai point la fenêtre, pensant
que, dans ce cas, l'air pourrait le raviver et qu'il s'en irait. Je me
recouchai cependant, assez mécontent. Au total, c'était sa faute;
pourquoi ne s'en allait-il pas? ce fut la première raison que je me
donnai. Puis, en y réiléchissant, je devins plus sévère pour moi;
j'accusai mon impatience. Telle est la tyrannie de l'homme; il ne
peut rien supporter. Ce roi de la création est violent; à la moindre
contradiction, il s'emporte, il éclate, il tue.
La matinée était très-belle, fraîche et pourtant peu à peu déjà
presque chaude. Heureux mélange de température, propre à ce
très-doux pays et à ce moment de l'année ; c'était au mois de juin
et en Normandie. Le caractère propre à ce mois et qui le distingue
tout à fait de ceux qui suivront, c'est que les espèces innocentes,
celles ((ui vivent de végétaux, sont nées toutes, mais pas encore
les espèces meurtrières, qui ont besoin de proie vivante; force
mouches, el point d'arraignées. La mort n'a pas commencé, et il
ne s'agit que de plaisir. Toutes ces idées me venaient, mais point
du tout agréables. Dans ce moment béni, sacré, où tous vivent
en confiance, moi, j'avais déjà tué; l'homme seul rompait la paix
de dieu. Cette idée me fut amère. Que la victime fût petite ou
grande, il importait peu; la mort était toujours la morL Et c'était
sans occasion sérieuse, sans provocation, que j'avais brutalement
troublé cette douce harmonie du printemps.
En roulant toutes ces pensées, je regardais par moments de mon
lit vers la fenêtre, j'observais si le bourdon ne remuerait pas encore
un peu, si réellement il était mort- Mais rien malheureusement,
une immobilité complète.
Cela dura une demi-heure ou trois quarts d'heure environ. Puis,
tout à coup, sans que le moindre mouvement préalable l'eût pu
faire prévoir, je vois mon bourdon s'élever d'un vol sûr et fort,
sans la moindre hésitation, comme si rien ne fut arrivé. Il passa
dans le jardin, alors complètement réchauffé et plein de soleil.
Ce fut pour moi, je l'avoue, un bonheur, un soulagement. Mais,
lui, il ne s'en doutait pas. Je vis qu'il avait pensé, dans sa petite
prudence, que, s'il trahissait par le moindre signe, la vie qui lui
revenait, son bourreau pourrait l'achever. Donc, il fit le mort à
merveille, il attendit qu'il eût bien repris la force, que ses ailes,