Boekgegevens
Titel: Choix de lectures françaises: à l'usage des maisons d'éducation et des personnes qui aiment la prose et la poésie: littérature de l'adolescence et de l'âge mûr
Auteur: Verenet, George C.
Uitgave: Utrecht: J.-G. Broese, 1868
2e ed
Auteursrechten: Zie auteursrechten
Citeerinstructie: Bijzondere Collecties van de Universiteit van Amsterdam, UBM: Obr. 8885
URL: https://schoolmuseum.uba.uva.nl/bookid/LCSM_202173
Onderwerp: Taal- en letterkunde naar afzonderlijke talen: Franse letterkunde
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   Choix de lectures françaises: à l'usage des maisons d'éducation et des personnes qui aiment la prose et la poésie: littérature de l'adolescence et de l'âge mûr
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de nord-ouest avec la rapidité d'une flèche, tourbillonnaient autour
de l'enceinte des rochers ; déjà retentissait le bruit lointain des ava-
lanches; et des atomes de neige seirée, divisée comme la poussière,
soit en se détachant des montagnes, soit en tombant du ciel, en
interceptaient la faible lumière, el voilaient tous les objets d'alentour.
Tandis qu'auprès d'un bon feu, je questionnais le supérieur du
couvent sur les suites de l'ouragan, les religieux bospiialiers
étaient allés remplir leurs devoirs de circonstance, ou plutôt exercer
leurs vertus de tous les jours: chacun avait pris son poste de dévoue-
ment dans ces Thermopyles glaciales, non pour y repousser des
ennemis, mais pour y tendre une main secourable aux voyageurs
perdus, de tout rang, de toute nation, de tout culte, et même
aux animaux chargés de leur bagage. Quelques-uns de ces su-
blimes solitaires gravissaient les pyramides de granit qui bordent
leur cliemin , pour y découvrir un convoi dans la détresse, et
pour répondre aux cris de secours; d'autres frayaient le sentier
enseveli sous la neige fraîchement tombée, au risque de se perdre
eux-mêmes dans les précipices; tous bravant le froid, les avalan-
ches, le danger de s'égarer, presque aveuglés par les tourbillons
de neige, et prêtant une oreille attentive au moindre bruit qui
leur rappelait la voix humaine.
Leur intrépidité égale leur vigilance; aucun malheureux ne les
appelle en vain; ils le retirent étouffé sous les débris des avalan-
ches, ils le raniment agonisant de froid et de terreur, ils le trans-
portent sur les bras, tandis que leurs pieds glissei.t sur la glace,
ou plongent dans les neiges : la nuit, le jour, voilà leur minislère.
Leur pieuse sollicitude veille sur l'humanité, dans ces lieux mau-
dits de la nature, où ils présentent le spectacle habituel d'un
héroïsme qui ne sera jamais célébré par nos flatteurs.
Depuis une heure entière, cinq religieux et leurs domestiques
étaient sur la trace de voyageurs, lorsque l'aboiement des chiens
nous annonça leur retour. Compagnons inlelligenls des courses de
leurs maîtres, ces dogues bienfaisants vont à ia piste des malheu-
reux; ils devancent les guides, et le sont eux-mêmes: à la voix
de ces fidèles auxiliaires, le voyageur transi repp'nd l'espérance, il
suit leurs vestiges toujours surs. Lorsque les éboulements de tifîige ,
aussi prompts que Téclair, engloutissent un passager, les dogues
du Saint-Bernard le découvrent sous l'abîme, el y conduiseni les
religieux qui retirent le cadavre, et souvent le rendent à la vie.
Bientôt l'hospice s'ouvrit à dix personnes épuisées de froid, de
lassitude et de frayeur. Leurs conducteurs oublièrent leurs propres