Boekgegevens
Titel: Choix de lectures françaises: à l'usage des maisons d'éducation et des personnes qui aiment la prose et la poésie: littérature de l'adolescence et de l'âge mûr
Auteur: Verenet, George C.
Uitgave: Utrecht: J.-G. Broese, 1868
2e ed
Auteursrechten: Zie auteursrechten
Citeerinstructie: Bijzondere Collecties van de Universiteit van Amsterdam, UBM: Obr. 8885
URL: https://schoolmuseum.uba.uva.nl/bookid/LCSM_202173
Onderwerp: Taal- en letterkunde naar afzonderlijke talen: Franse letterkunde
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   Choix de lectures françaises: à l'usage des maisons d'éducation et des personnes qui aiment la prose et la poésie: littérature de l'adolescence et de l'âge mûr
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actions parlent pour moi, et me justifient mieux que mes paro-
les. Acre prise, deux battailles gagnées, des partis défaits, des
convois enlevés, avec tant de riches dépouilles dont toute la terre
est témoin que je ne me suis pas enrichi, marquent assez, sans
que je le dise, que je n'ai pas épargné Saiadin. J'en ai reçu
de petits présents, comme des fruits et choses semblables, que ce
Sarrasin, non moins recommandable par sa politesse et sa géné-
rosité que par sa valeur et sa conduite, m'a de temps en temps
envoyés; le roi de France en a reçu comme moi, et ce sont de
ces honnêtetés que les braves gens dans la guerre se font les uns
aux autres sans conséquence. On dit que je n'ai pas pris Jéru-
salem : je l'aurais prise, si l'on m'en eût donné le temps; c'est
la faute de mes ennemis, non la mienne; et je ne crois pas
qu'aucun homme équitable me puisse blâmer d'avoir différé une
entreprise qu'on peut toujours faire, pour apporter à mes peuples
un secours qu'ils ne pouvaient plus longtemps attendre. Voilà,
Seigneur, quels sont mes crimes. Juste et généreux comme vous
l'êtes, vous reconnaissez sans doute mon innocence; et, si je ne
me trompe, je m'aperçois que vous êtes touché de mon malheur.//
Le Père d'Orléans {historien).
PHILOCTETE RACONTE SON MALHEUR A TELEMAQUE.
Je demeurai à Lemnos presque pendant tout le siège de Troie,
seul, sans secours, sans espérance, sans soulagement, livré à
d'horribles douleurs dans cette île déserte et sauvage, où je n'en-
tendais que le bruit des vagues de la mer qui se brisaient contre
les rochers; je trouvai au milieu de celte solitude une caverne vide,
dans un rocher qui élevait vers le ciel deux pointes semblables à
deux têtes; de ce rocher sortait une fontaine claire. Celte caverne
était la retraite des bêtes sauvages, à la fureur desquelles j'étais
exposé nuit et jour. J'amassai quelques feuilles pour me coucher.
11 ne me restait pour tout bien qu'un pot de bois grossièrement
travaillé, et quelques habits déchirés avec lesquels j'enveloppais
ma plaio pour arrêter le sang, et dont je me servais aussi pour
la nettoyer.
Là, abandonné des hommes, et livré à la colère des dieux,
je passais mon temps à percer de mes flèches les colombes et
les autres oiseaux qui volaient autour de ce rocher. Quand j'avais
tué quelque oiseau pour ma nourriture, il fallait que je me