Boekgegevens
Titel: Choix de lectures françaises: à l'usage des maisons d'éducation et des personnes qui aiment la prose et la poésie: littérature de l'adolescence et de l'âge mûr
Auteur: Verenet, George C.
Uitgave: Utrecht: J.-G. Broese, 1868
2e ed
Auteursrechten: Zie auteursrechten
Citeerinstructie: Bijzondere Collecties van de Universiteit van Amsterdam, UBM: Obr. 8885
URL: https://schoolmuseum.uba.uva.nl/bookid/LCSM_202173
Onderwerp: Taal- en letterkunde naar afzonderlijke talen: Franse letterkunde
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   Choix de lectures françaises: à l'usage des maisons d'éducation et des personnes qui aiment la prose et la poésie: littérature de l'adolescence et de l'âge mûr
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2i
RICHARD 1, ROI D'ANGLETERRE, A HENRI VI,
EMPEREUR D'ÂLLEMÂGNE I),
Richard se leva, el prenant un Ion convenable à sa fortune
présente, niais qui se ressentait toujours de son caractère et de
sa dignité:
„Je suis né," dit-il, „dans un rang à ne rendre compte de
mes actions qu'à dieu; mais elles sont d'une telle nature,
qu'elles ne craignent pas même le jugement des hommes, et par-
ticulièrement, Seigneur, d'un prince aussi juste que vous. Mes
liaisons avec le roi de Sicile n'ont rien qui vous ait dû fâcher;
j'ai pu ménager un homme dont j'avais affaire, sans offenser un
prince dont j'étais ami. Pour le roi de France, je ne sache rien
qui m'ait dû attirer son chagrin, que d'avoir élé plus heureux
que lui. Soit l'occasion, soit la fortune, j'ai fait des choses qu'il
eût voulu avoir faites; voilà tout mon crime à son égard. Quant
au tjran de Chypre 2), chacun sait que je n'ai fait que venger
les injures que j'avais reçues le premier: en me vengeant de
lui, j'ai affranchi ses sujets du joug sous lequel il les accablait.
J'ai disposé de ma conquête: c'était mon droit; cl, si quelqu'un
avait eu à y trouver à redire, c'était l'empereur de Constantinople,
avec lequel ni vous ni vous ni moi d'avons pas de grandes
mesures à garder. Le duc d'Autriche s'est trop vengé de l'injure
dont il se plaint, pour la compter encore parmi mes crimes, iï
m'avait manqué le premier, en faisant arborer son drapeau dans
un lieu où nous commandions, le roi de France et moi en per-
sonne: je l'en punis trop sévèrement; il a eu sa revanche au
double; il ne doit plus rien avoir sur le cœur que le scrupule
d'une vengeance que le christianisme ne permet pas. L'assassinat
du marquis de Monlferrat 3) est aussi éloigné de mes mœurs que
mes intelligences prétendues avec Saladin sont peu vraisemblables:
je n'ai pas témoigné jusqu'ici craindre assez mes ennemis, pour
qu'on me croie capable d'attaquer leur vie autrement que l'épée
à la main ; et j'ai fait assez de mal à Saladin pour faire juger
que, si je ne l'ai point trahi, je n'ai pas été son ami. Mes
1) Discours tenu à la diète de Hagaenau, en Alsace, l'an 1139.
2) n y avait neuf ans (1182—1191) qu'Isaac Commène faisait
peser sur l'île sa lourde tyrannie , lorsque Richard s'empara de
Chypre.
3) Conrad, 2e tils de Guillaume IV, périt en 1192.