Boekgegevens
Titel: Choix de lectures françaises: à l'usage des maisons d'éducation et des personnes qui aiment la prose et la poésie: littérature de l'adolescence et de l'âge mûr
Auteur: Verenet, George C.
Uitgave: Utrecht: J.-G. Broese, 1868
2e ed
Auteursrechten: Zie auteursrechten
Citeerinstructie: Bijzondere Collecties van de Universiteit van Amsterdam, UBM: Obr. 8885
URL: https://schoolmuseum.uba.uva.nl/bookid/LCSM_202173
Onderwerp: Taal- en letterkunde naar afzonderlijke talen: Franse letterkunde
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   Choix de lectures françaises: à l'usage des maisons d'éducation et des personnes qui aiment la prose et la poésie: littérature de l'adolescence et de l'âge mûr
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avant que sa femme et ses filles pussent s'accommoder d'un genre
de vie aussi nouveau pour elles, et aussi dépourvu de lout ce
qu'elles étaient accoulumées à regarder comme essentiel au bonheur.
Cependant, grâces à leur alfection pour Philandre, à leur bon
sens naturel, et surtout à la nécessité, elles se firent peu à peu
à leur position, et s'occupèrent sérieusement des devoirs qu'elle
leur imposait. Seulement on voyait percer en elles quelques re-
grets; et si elles n'exprimaient pas tout ce qu'elles pensaient, elles
en trahissaient une partie par leurs soupirs.
Philandre ne parut pas s'en apercevoir, et se garda bien d'aigrir
leur sensibilité par des reproches ou des avis déplacés. Mais la
première année de leur vie champêtre étant écoulée, il les réunit
sous un grand ar!>re, qui s'élevait devant leur pelit jardin, ot
leur lint ce discours : »Compagnes chéries, qui avez toujimrs
partagé mon sort, si l'année qui vient de s'écouler a produit sur
vous le même elTet que sur moi, je puis me féliciter de notre
situation. Aujourd'hui je suis en élat de me detnander à moi-
même quelle perte j'ai faite, et je sens que cette question me
laisse plutôt de la satisfaction que du chagrin. Coiitemp'ez cet
astre étinceiant. et dites-moi si, lorsqu'il s'élève snr l'horizon,
en versant la..lumière et la joie snr l'immensité de la création,
il n'offre pas un spj'ctaclc plus magnifique et plus riant que celui
d'un superbe appartement éclairé par di'S bougies, [..c v«nî frais,
qui vient de la montagne, et qui noni apporte les exhalaisons
balsamiques des tleurs, n'est-il pas préférable à l'air qu'on respire
dans un salon, et qui est chargé de parfums factices? Ces mets
préparés avec tant de recherche et de rafOnemertl par les cuisi-
niers de la ville, élaienl-ils aussi a(>pé!ipsants que le lait frais,
le pain bis el les mels simples qui composent noire ordinaire?
Apiès les soupers servis à minuit et les veilles prolongées jusqu'à
l'aurore, notre sommeil était-il aussi doux et aussi profoiid qu'il
l'est maintenant? L'exercice, auquel nous nous livrons pendant
la journée, fait que nos paupières se ferment au moment où la
nuit commence à couvrir de son oinb e timte la nature. I.ns
désagréments et les soucis que donnent di'S domestiques insolents
ou ' infidèles, ne balancent-ils pas les peines que nous prenons
en nous servant nous-mêmes? Ln défaut do société est l'incon-
vénient le plus réel de noire situation, je Tavoue, mais quels
regrets doit inspirer cell«' foule de désœuvré:', qui dans leurs
visil''s, nous regardaient comme h-s maîtres de céréînonie d'un
lieu d'ainnsement? Nous avions du loisir, il est vrai, el nous