Boekgegevens
Titel: Choix de lectures françaises: à l'usage des maisons d'éducation et des personnes qui aiment la prose et la poésie: littérature de l'adolescence et de l'âge mûr
Auteur: Verenet, George C.
Uitgave: Utrecht: J.-G. Broese, 1868
2e ed
Auteursrechten: Zie auteursrechten
Citeerinstructie: Bijzondere Collecties van de Universiteit van Amsterdam, UBM: Obr. 8885
URL: https://schoolmuseum.uba.uva.nl/bookid/LCSM_202173
Onderwerp: Taal- en letterkunde naar afzonderlijke talen: Franse letterkunde
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   Choix de lectures françaises: à l'usage des maisons d'éducation et des personnes qui aiment la prose et la poésie: littérature de l'adolescence et de l'âge mûr
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Non pas! Aussi Franklin, l'homme de sens par excellence, en
faisait cas.
//Après ce que j'ai dit pour expliquer comment les objets inanimés
peuvent inspirer une espèce d'attachement, qu'il me soit permis
de parler ici de mon bâton d'encre de Chine.
Ceci tient à notre vie privée; aussi éprouvé-je quelque répugnance
à en entretenir le public. Mais je ne puis résister à l'envie de
faire connaître les innocentes relations qui m'unissent à lui. D'ail-
leurs, je serai discret.
Ces relations sont anciennes, elles datent de vingt ans; elles me
sont chères à plus d'un titre, car ce bâton, je le tiens de mon
père, y compris la manière de s'en servir et la manière d'en parler,
il est rond, doré, apostillé de Chinois, et d'une perfection sans
pareille, si pourtant l'amitié ne m'aveugle. Un beau matin je le
trouvai cassé en deux morceaux; cela m'étonna, car il n'avait
jamais fait de sottises qu'entre mes mains . .. Aussi n'était-ce pas
une sottise; je venais de me marier.
Mais outre ces circonstances qui me le rendent cher, que de
moments délicieux nous avons coulés ensemble! Qui d'heures
paisible et doucement occupées! Quelle somme de jours calmes
el riants à retrancher du nombre des jours tristes, inquiets ou
ingratement occupés! Si l'on aime les lieux où l'on a goûté le
bonheur, si les arbres, les vergers, les bois, si les plus humbles
objets qui furent témoins de nos heureuses années ne se revoient
pas sans une tendre émotion, pourquoi refuserais-je ma reconnais-
sance à ce bâton, qui, non-seulement, fut le témoin, mais aussi
l'instrument de mes plaisirs?
Et puis quels plaisirs ! Aussi anciens que mes premiers, que
mes plus informes essais; car ce qui les distingue de tous les
autres, c'est d'être aussi vifs au premier jour qu'au dernier, de
s'étendre peu, mais de ne pas décroître. Aujourd'hui encore, quand,
rn'apprêtant à les goûter, je prends mon bâton, et broie amoureu-
sement mon encre, tout en rêvant quelque pittoresque pensée, ce
ne sont pas de plus aimables illusions, de plus séduisantes images,
de plus flatteuses pensées qui m'enivrent, mais du moins ce sont
encore les mêmes ; la fraîcheur, la vivacité, la plénitude s'y retrou-
vent, elles s'y retrouvent après vingt ans! Eh, combien est-il de
plaisirs que vingt ans n'aient pas décolorés, détruits! L'amitié