Boekgegevens
Titel: Choix de lectures françaises: à l'usage des maisons d'éducation et des personnes qui aiment la prose et la poésie: littérature de l'adolescence et de l'âge mûr
Auteur: Verenet, George C.
Uitgave: Utrecht: J.-G. Broese, 1868
2e ed
Auteursrechten: Zie auteursrechten
Citeerinstructie: Bijzondere Collecties van de Universiteit van Amsterdam, UBM: Obr. 8885
URL: https://schoolmuseum.uba.uva.nl/bookid/LCSM_202173
Onderwerp: Taal- en letterkunde naar afzonderlijke talen: Franse letterkunde
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   Choix de lectures françaises: à l'usage des maisons d'éducation et des personnes qui aiment la prose et la poésie: littérature de l'adolescence et de l'âge mûr
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dans cet ami, des défauts, des imperfections, d'être conduit peut-être
à rompre ces relations commencées, pour en former de nouvelles,
qui ne sauraient plus avoir ni l'attrait ni la fraîcheur des pre-
mières !
Franklin parle quelque part de cette afi'ection d'habitude que l'on
porte aux objets inanimés, affection qui n'est ni l'amité, ni l'amour,
mais dont le siège est pourtant aussi dans le cœur. Quelques-uns
disent que c'est là une branche de cette aifection égoïste qui attache
à un serviteur difficile à remplacer; moi, je pense que c'est un
trait honorable de notre nature, lequel ne saurait s'eflacer entière-
ment, sans qu'il y ait pour l'àme quelque chose à perdre.
C'est quelque chose de bienveillant, c'est aussi une espèce d'estime.
Non seulement nous aimons l'instrument que nous manions avec
plaisir, avec facilité, mais bientôt le comparant à d'autres, nous
lui vouons quelque chose de plus, si surtout, à sa supériorité,
il joint de longs services. Un simple outil a, pour l'ouvrier qui
s'en sert, sa jeunesse, son âge mûr, ses vieux jours, et excite en
lui, selon ces phases diverses, des sentiments divers.
Si vous avez jamais voyagé à pied, n'avez-vous point senti naître
en vous, et croître avec les journées et les services, cette affection
pour le sac qui préserve vos bardes, pour le bâton, si simple
soit-il, qui a aidé votre marche et soutenu vos pas? Au milieu
des étrangers, ce bâton n'est-it pas un peu votre ami; an sein des
solitudes, votre compagnie? N'êtes-vous pas sensible aux preuves
de force ou d'utilité qu'il vous donne, aux dommages successifs
qui vous font prévoir sa fm prochaine, et ne vous serait-il point
arrivé, au moment de vous en séparer, de le jeter sous l'ombrage
cactié de quelques fouillis, plutôt que de l'abondoniifr aux outrages
de la grande route? Si vous me disiez non, non jamais... à
grand regret, cher lecteur, je verrais, se perdre un petit grain de
cette sympathie qui m'attire vers vous.
Pour qui observe, il est facile de remarquer que ce trait va
s'effaçant à mesure que l'on monte des classes pauvres, laborieuses,
aisées, aux classes riches, et qu'il s'efface entièrement au milieu du
luxe et de l'oisiveté des hommes inutiles. Ai-je donc si tort d'y
reconnaître quelques liens mystérieux avec ce qui est bon? de dire
que c'est un trait honorable de notre nature et précieuse pour l'âme?
Un sentiment qui se trouve où il y a travail, exercice, économie,
médiocre aisance; qui se perd où il y a luxe prodigue, paresse,
inutile oisiveté, serait-il indifférent aux yeux de l'homme de sens?