Boekgegevens
Titel: Choix de lectures françaises: à l'usage des maisons d'éducation et des personnes qui aiment la prose et la poésie: littérature de l'adolescence et de l'âge mûr
Auteur: Verenet, George C.
Uitgave: Utrecht: J.-G. Broese, 1868
2e ed
Auteursrechten: Zie auteursrechten
Citeerinstructie: Bijzondere Collecties van de Universiteit van Amsterdam, UBM: Obr. 8885
URL: https://schoolmuseum.uba.uva.nl/bookid/LCSM_202173
Onderwerp: Taal- en letterkunde naar afzonderlijke talen: Franse letterkunde
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   Choix de lectures françaises: à l'usage des maisons d'éducation et des personnes qui aiment la prose et la poésie: littérature de l'adolescence et de l'âge mûr
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J'acceptai après les cérémonies d'usage. //Mais, prenez garde,"
ajoutai-je gravement, //je dois vous prévenir d'une chose. Si j'ai
l'honneur de dîner demain avec vous, M. de Fontgibu y viendra
aussi, et il ne doit pas être jeune." — //Qu'est-ce que c'est que
M. de Fontgibu?" — Et je racontai à ces dames mes deux anec-
dotes de plum-pudding pour les égayer un peu. Elles s'en égayèrent
beaucoup; on n'est pas difficile en amusement, après la lecture
d'une tragédie. — //Je vous promets bien," reprit l'aimable lady,
//que nous n'aurons pas M. de Fontgibu. Je ne le connais ni
d'Eve ni d'Adam, et je vous attends demain, tout seul." Et elle
sortit. — Le lendemain, j'étais chez elle, avec mes cousines, à
six heures précises. Nous nous mettons à table, elle me fait
asseoir à son côté et devant un magnifique plum-pudding. 11 y
avait dix-huit couverts, et toutes les places étaient prises, comme
au repas de Macbeth. — //Eh bien! vous voyez qu'on n'attend
plus personne?" me dit-on de toutes parts. — //Et votre M. de
Fontgibu?... M. de Fontgibu! annonça un laquais, d'une voix
éclatante. Et un étranger parut entre les deux battants de la
porte.
Nous étions au plus fort du carnaval, et je compris tout de
suite qui c'était une mystification, une plaisanterie que ces dames
m'avaient préparée... Cependant l'étranger, soutenu par un domes-
tique presque aussi vieux que lui, circulait péniblement autour de
la table, mettant ses deux mains devant ses yeux pour n'être pas
ébloui des lumières, cherchant sa place et la maîtresse de la maison,
d'un air tout désorienté. Il approche, il approche, il est à deux
pas de ma chaise. Je regarde fixement----je me lève!... Cette
douillette chocolat, ces lunettes bleues, cette perruque rousse,
c'était lui, lui-même. M. de Fontgibu! je ne voyais plus personne.
Don Juan, dans le chef-d'œuvre de Mozart, n'est pas plus pétrifié
par son convive de pierre. — //Parbleu, monsieur," m'écriai-je
enfin, qui suis-je? qui êtes-vous? et qu'y a-t-il dans ce plat?
(Je lui montrais le plum-pudding:) — M. de Fontgibu, malgré le
cornet qu'il appliquait à son oreille, n'avait pas entendu un mot,
et tout cela ne lui représentait rien. Pour tonte réponse il rae
demanda: //Où est Madame de N.? Je ne la vois (»as." —
//C'est la porte en face, sur le même palier," dit ma voisine;"
— //c'est la porte en face, sur le même palier," répéta, d'une
voix de Stentor, le vieux domestique dans le cornet de son maître.
Et M. de Fontgibu s'éloigna tout aussi doucement qu'il était venu >