Boekgegevens
Titel: Choix de lectures françaises: à l'usage des maisons d'éducation et des personnes qui aiment la prose et la poésie: littérature de l'adolescence et de l'âge mûr
Auteur: Verenet, George C.
Uitgave: Utrecht: J.-G. Broese, 1868
2e ed
Auteursrechten: Zie auteursrechten
Citeerinstructie: Bijzondere Collecties van de Universiteit van Amsterdam, UBM: Obr. 8885
URL: https://schoolmuseum.uba.uva.nl/bookid/LCSM_202173
Onderwerp: Taal- en letterkunde naar afzonderlijke talen: Franse letterkunde
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   Choix de lectures françaises: à l'usage des maisons d'éducation et des personnes qui aiment la prose et la poésie: littérature de l'adolescence et de l'âge mûr
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jusqu'au dernier instant. Un peuple nombreux se pressait autour de
sa demeure, et encombrait toutes les issues dans le plus profond
silence. La cour envoyait émissaires sur émissaires; les bulletins
de sa santé se transmettaient de bouche en bouche, et allaient
répandre partout la douleur à chaque progrès du mal. Lui, entouré
de ses amis, exprimait quelques regrets sur ses travaux interrompus,
quelque orgueil sur ses travaux passés: »Soutiens," disait-il à
son domestique, n soutiens cette tète, la plus forte de la France/'
L'empressement du peuple le toucha; la visite de Barnave, son
ennemi, qui se présenta chez lui au nom des Jacobins, lui causa
une douce émotion. Il donna encore quelques pensées à la chose
publique. L'assemblée devait s'occuper du droit de tester; il appela
M. de Talleyrand et lui remit un discours qu'il venait d'écrire. »11
sera plaisant," lui dit-il, »d'entendre parler contre les testaments
un homme qui n'est plus et qui vient de faire le sien." La cour
avait voulu en elfet qu'il le fît, promettant d'acquitter tous les
legs. Reportant ses vues sur l'Europe, el devinant les projets de
l'Angleterre: »Ce Pitt," dit-il, »est le ministre des préparatifs ; il
gouverne avec des menaces: je lui donnerais de la peine si je vivais."
Le curé de sa paroisse venant lui offrir ses soins, il le remercia
avec politesse, et lui dit, en souriant, qu'il les accepterait volon-
tiers s'il n'avait dans sa maison son supérieur ecclésiastique, M,
l'évêque d'Autun. il fit ouvrir ses fenêtres: »Mon ami," dit-il
à Cabanis 1), je mourrai aujourd'hui ; il ne reste plus qu'à s'envelopper
de parfums, qu'à se couronner de fleurs, qu'à s'environner de musi-
que, afin d'entrer paisiblement dans le sommeil éternel." Des dou-
leurs poignantes interrompaient de temps en temps ces discours si
nobles et si calmes. »Vous aviez promis," dit-il àsesamis, »de
m'épargner des soufl"rances inutiles." En disant ces mots, il
demande de l'opium avec instance. Comme on le lui refusait, il
l'exige avec sa violence accoutumée. Pour le satisfaire, on le trompe,
et on lui présente une coupe, en lui persuadant qu'elle contenait
de l'opium. Il la saisit avec calme, avale le breuvage qu'il croyait
mortel, et paraît satisfait. Un instant après, il expire. C'était le
2 avril 1791. Cette nouvelle se répand aussitôt à la cour, à la
ville, à l'assemblée. Tous les partis espéraient en lui, et tous,
excepté les envieux, sont frappés de douleur. L'assemblée inter-
rompt ses travaux, un deuil général est ordonné, des funérailles
l) Célèbre médecin qui donna ses soins à Mirabeau,