Boekgegevens
Titel: Choix de lectures françaises: à l'usage des maisons d'éducation et des personnes qui aiment la prose et la poésie: littérature de l'adolescence et de l'âge mûr
Auteur: Verenet, George C.
Uitgave: Utrecht: J.-G. Broese, 1868
2e ed
Auteursrechten: Zie auteursrechten
Citeerinstructie: Bijzondere Collecties van de Universiteit van Amsterdam, UBM: Obr. 8885
URL: https://schoolmuseum.uba.uva.nl/bookid/LCSM_202173
Onderwerp: Taal- en letterkunde naar afzonderlijke talen: Franse letterkunde
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   Choix de lectures françaises: à l'usage des maisons d'éducation et des personnes qui aiment la prose et la poésie: littérature de l'adolescence et de l'âge mûr
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réiiifice que, plus tard, il faudra bâtir pièce a pièce, lentement et
laborieusement. En promenant ma pensée à travers ces milliers de
faits épars dans des centaines de volumes, et qui me présentaient,
pour ainsi dire, à nu, les temps et les hommes que je voulais
peindre, je n'avais aucune conscience de ce qui se passait autour
de moi. La table où j'étais assis se garnissait et se dégarnissait
de travailleurs; les employés de la bibliothèque ou les curieux
allaient et venaient par la salle; je n'entendais rien, je ne voyais
rien : je ne voyais que les apparitions évoquées en moi par ma
lecture. Ce souvenir m'est encore présent; et depuis cette époque
de premier travail, il ne m'arriva jamais d'avoir une perception
aussi vive des personnages de mon drame, de ces hommes de races,
de mœurs, de physionomies et de destinées si diverses, qui succes-
sivement se présentaient à mon esprit, les uns chantant sur la harpe
celtique réternelle attente du retour d'Arthur, les autres naviguant
dans la tempête avec aussi peu de souci d'eux-mêmes que le cygne
que se joue sur un lac; d'autres, dans l'ivresse de la victoire,
amoncelant les dépouilles des vaincus, mesurant la terre au cordeau
pour en faire le partage, comptant et recomptant par têtes les
familles comme le bétail; d'autres enfin, privés par une seule défaite
de tout ce qui fait que la vie vaut quelque chose, se résignant â
voir l'étranger assis en maître à leurs propres foyers, ou frénétiques
de désespoir, courant à la forêt pour y vivre comme vivent les
loups, de rapine, de meurtre e. d'indépendance......
Si, comme je me plais à le croire, l'intérêt de la science est
compté au nombre des grands intérêts nationaux, j'ai donné à mon
pays tout ce que lui donne le soldat mutilé sur le champ de
bataille. Quelle que soit la destinée de mes travaux, cet exemple,
je l'espère, ne sera pas perdu. Je voudrais qu'il servît à combattre
l'espèce d'affaisement moral, qui est la maladie de la génération
nouvelle; qu'il pût ramener dans le droit chemin de la vie quel-
qu'une de ces âmes énervées qui se plaignent de manquer de foi,
qui ne savent où se prendre, el vont cherchant partout, sans le
rencontrer nulle part, un objet de culte et de dévouement. Pour-
quoi se dire avec amertume que, dans le monde constitué comme il
est, il n'y a pas d'air pour toutes les poitrines, pas d'emploi pour
toutes les intelligences? l'élude sérieuse et calme n'est-elle pas là?
et n'y a-t-il pas en elle un refuge, une espérance, une carrière à
la portée de chacun de nous? Avec elle on traverse les mauvais
jours sans en sentir le poids; on se fait à soi-même sa destinée; on