Boekgegevens
Titel: Choix de lectures françaises: à l'usage des maisons d'éducation et des personnes qui aiment la prose et la poésie: littérature de l'adolescence et de l'âge mûr
Auteur: Verenet, George C.
Uitgave: Utrecht: J.-G. Broese, 1868
2e ed
Auteursrechten: Zie auteursrechten
Citeerinstructie: Bijzondere Collecties van de Universiteit van Amsterdam, UBM: Obr. 8885
URL: https://schoolmuseum.uba.uva.nl/bookid/LCSM_202173
Onderwerp: Taal- en letterkunde naar afzonderlijke talen: Franse letterkunde
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   Choix de lectures françaises: à l'usage des maisons d'éducation et des personnes qui aiment la prose et la poésie: littérature de l'adolescence et de l'âge mûr
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Autirîeux 1).
LE TOUR DE PAROLE.
Un des défauts que je remarque chez les Parisiens, c'est Ja
manie de vouloir converser ensemble sans s'écouler, sans se répondre,
et de parler plusieurs à h fois. J'ai déjà été invité à dîner dans
plusieurs maisons; pour peu qu'il y ait dix ou douze personnes à
table, il s'établit, vers ta fin du repas, au moins trois ou quatre
conversations, ou plutôt chacun fait la sienne. Ce qu'il y a de
pis, c'est qu'il n'y a pas uu convive qui ne parle très-haut, comme
s'il avait la prétention d'être seul entendu ; c'est un bruit à devenir
sourd. 11 en est de même dans les assemblées, dans les cercles:
vient-on à citer un fait, chacun le raconte aux autres; à élever
une question, chacun en dit son avis, chacun veut montrer de
l'esprit et occuper de soi les auditeurs.
Jugez quel effet désagréable doit produire ce tapage sur un
homme accoutumé aux assemblées silencieuses des «wis 2); aussi,
me faisant en moi-même une retraite, je me livre souvent à ia
méditation au milieu de ces cohues, ce qui m'est d'autant plus fa-
cile, que chacun, ne songeant qu'à ce qu'il dit, fait fort peu d'at-
tention à son voisin. Je me rappelle alors avec une douce émotion
nos soirées charmantes, quand, rassemblés autour de la table à thé,
nous restons souvent un quart d'heure sans dire un seul mot. Per-
sonne parmi nous n'est empressé de prendre la parole, on ne parle
que quand on a quelque cliose à dire; aussi la conversation est elle
toujours intéressante, souvent instructive, quelquefois gaie, jamais
bruyante; c'est que les amis sont des gens de beaucoup de réflexion
et de peu de mots; mais à Paris, comme l'a dit un homme d'esprit,
le parler gâte la conversation.
Je suis surpris que chez un peuple qui se pique de politesse, on
manque à ce point desavoir-vivre; car, enfin, qu'y a-t-il de plus
incivil que de ne point écouler celui qui parle, de l'interrompre sans
cesse, de couvrir sa voix impitoyablement? N'est-ce pas comme si
on lui disait: Taisez-vous! je ne fais pas le moindre cas de vos
discours; il n'y a que moi qui mérite d'être écoulé."
1) Pour la notice voyez ct-après les morceaux en vers.
2) Ce voyageur appartient à la secte religieuse des Qtiakers, qui
s'appellent entre eux, et nomment tous ceux a qui ils parlent, amis,
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