Boekgegevens
Titel: Choix de lectures françaises: à l'usage des maisons d'éducation et des personnes qui aiment la prose et la poésie: littérature de l'adolescence et de l'âge mûr
Auteur: Verenet, George C.
Uitgave: Utrecht: J.-G. Broese, 1868
2e ed
Auteursrechten: Zie auteursrechten
Citeerinstructie: Bijzondere Collecties van de Universiteit van Amsterdam, UBM: Obr. 8885
URL: https://schoolmuseum.uba.uva.nl/bookid/LCSM_202173
Onderwerp: Taal- en letterkunde naar afzonderlijke talen: Franse letterkunde
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   Choix de lectures françaises: à l'usage des maisons d'éducation et des personnes qui aiment la prose et la poésie: littérature de l'adolescence et de l'âge mûr
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quelque scrupule sur la sévérité de la morale que je venais d'établir.
Mais, ne voulant pas appiofondir ce doute, je sifflai l'air des Fo-
Ues d'Espagne, qui a la propriété de changer le cours de mes
idées lorsqu'elles s'acheminent mal.
Benjamin Constant, né en 1767, mort en 1830.
Né en Suisse et descendant d'une famille de réfugiés français, il
revint habiter le pays de ses aïeux, où il prit une part active aux
luttes politiques et aux combats de la tribune, aussi c'est surtout
comme orateur parlementaire qu'il s'est fait un nom distingué. La
plupart de ses discours sont des chefs-d'oeuvre de composition et
de style. Il a traduit le Wallenstein de Schiller avec plus de
talent que de fidélité.
LES IMPRESSIONS SUPERSTITIEUSES.
Nous n'envisageons guère en France la superstition que de son
coté ridicule. Elle a pourtant ses racines dans le cœur de l'homme.
Une grande correspondance existe entre tous les êtres moraux et
physiques. Il n'y a personne, je pense, qui, laissant errer ses
regards sur un horizon sans bornes, ou se promenant sur les
rives de la mer, que viennent battre les vagues, ou levant les yeux
vers le firmament parsemé d'étoiles, n'ait éprouvé une sorte d'émo-
tion qu'il lui était impossible d'analyser ou de définir. On dirait
que des voix descendent du haut des cieux, s'élancent de la cime
des rochers, retentissent dans les torrents ou les forêts agitées,
sortent des profondeurs des abîmes. Il semble qu'on voie je ne sais
quoi de prophétique dans le vol pesant du corbeau, dans les cris
funèbres des oiseaux de nuit, dans les rugissements éloignés des
bêtes sauvages. Tout ce qui n'est pas soumis à la domination arti-
ficielle de l'homme, répond à son cœur. Il n'y a que des choses
qu'il a façonnées, pour son usage, qui soient muettes, parce qu'elles
sont mortes. Mais ces choses mêmes, lorsque le temps anéantit
leur utilité, reprennent une vie mystérieuse. La destruction les remet,
en passant sur elles, en rapport avec la nature. Les édifices modernes
se taisent, mais les ruines parlent. Tout l'univers s'adresse à l'homme
dans un langage ineffable, qui se fait entendre dans l'intérieur de
son Âme, dans une partie de son être, inconnue à lui-même, et
qui tient à la fois des sens el de la pensée. Quoi de plus simple