Boekgegevens
Titel: Choix de lectures françaises: à l'usage des maisons d'éducation et des personnes qui aiment la prose et la poésie: littérature de l'adolescence et de l'âge mûr
Auteur: Verenet, George C.
Uitgave: Utrecht: J.-G. Broese, 1868
2e ed
Auteursrechten: Zie auteursrechten
Citeerinstructie: Bijzondere Collecties van de Universiteit van Amsterdam, UBM: Obr. 8885
URL: https://schoolmuseum.uba.uva.nl/bookid/LCSM_202173
Onderwerp: Taal- en letterkunde naar afzonderlijke talen: Franse letterkunde
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   Choix de lectures françaises: à l'usage des maisons d'éducation et des personnes qui aiment la prose et la poésie: littérature de l'adolescence et de l'âge mûr
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aussi l»î sentiment d'humeur que j'éprouvai lorsque j'entendis ta
cloche indiscrète des Capucins sonner minuit pour la troisième fois.
«Je le sais," m'écriai-je, en étendant les mains du côté de l'horloge;
//oui, je sais, je sais qu'il est minuit: je ne le sais que trop."
C'est, il n'en faut pas douter, par un conseil insidieux de
l'esprit malin que les hommes ont chargé cette heure de diviser
leurs jours. Renfermés dans leurs habitations, ils dorment ou
s'amusent, tandis qu'elle coupe un des fils de leur existence: le
lendemain ils se lèvent gaîment, sans se douter le moins du monde
<}u'ils ont un jour de plus. En vain la voix prophétique de l'airain
ieur annonce l'approche de l'éternité, en vain elle leur répète tris-
tement chaque heure qui vient de s'écouler; ils n'entendent rien,
ou, s'ils entendent, ils ne comprennent pas. 0 minuit'... heure
terrible!... Je ne suis pas superstitieux, mais cette heure m'inspira
toujours une espèce de crainte, et j'ai le pressentiment que, si
jamais je venais à mourrir, ce serait à minuit. Je mourrai donc
un jour?... Comment! je mourrai? moi qui parle, moi qui me
sens et qui me touche, je pourrais mourir? J'ai quelque peine à
le croire; car enfin que les autres meurent, rien n'est plus naturel:
on voit cela tous les jours: on les voit passer, on s'y habitue;
mais mourir soi-même! mourir en personne! c'est un peu fort. Et
vous, messieurs, qui prenez ces réflexions pour du galimathias,
apprenez que telle est la manière de penser de tout le monde, et
la vôtre à vous-même. Personne ne songe qu'il doit mourir. S'il
existait une race d'hommes immortels, l'idée de la mort les efi'raierait
plus que nous.
il y a là-dedans quelque chose que je ne m'explique pas. Com-
ment se fail-il que les hommes, sans cesse agités par l'espérance et
par les chimères de l'avenir, s'inquiètent si peu de ce que cet avenir
leur offre de certain et d'inévitable? Ne serait-ce point la nature
bienfaisante elle-même qui nous aurait donné cette heureuse insou-
ciance, afin que nous puissions remplir en paix notre destinée? Je
crois , en effet, que l'on peut être fort honnke homme sans ajouter
aux maux réels de la vie cette tournure d'esprit qui porte aux
réflexions lugubres, et sans se troubler l'imagination par de noirs
fantômes. Enfiin, je pense qu'il faut se permettre de rire, ou du
moins de sourire, toutes les fois que l'occasion innocente s'en
présente.
Ainsi finit la méditation que m'avait inspirée l'horloge de Saint-
Philippe. Je l'aurais poussée plus loin, s'il ne m'était survenu