Boekgegevens
Titel: Choix de lectures françaises: à l'usage des maisons d'éducation et des personnes qui aiment la prose et la poésie: littérature de l'adolescence et de l'âge mûr
Auteur: Verenet, George C.
Uitgave: Utrecht: J.-G. Broese, 1868
2e ed
Auteursrechten: Zie auteursrechten
Citeerinstructie: Bijzondere Collecties van de Universiteit van Amsterdam, UBM: Obr. 8885
URL: https://schoolmuseum.uba.uva.nl/bookid/LCSM_202173
Onderwerp: Taal- en letterkunde naar afzonderlijke talen: Franse letterkunde
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   Choix de lectures françaises: à l'usage des maisons d'éducation et des personnes qui aiment la prose et la poésie: littérature de l'adolescence et de l'âge mûr
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les yeux vers le ciel, et les referme pour toujours; mais, pendant
cet instant rapide qui lui est accordé, de tous les points du ciel
et depuis les bornes de Punivers, un rayon consolateur part de
chaque monde, et vient frapper ses regards, pour lui annoncer
qu'il existe un rapport entre l'immensité et lui, el qu'il est associé
à l'éternité.
MÉDITATION SUR LE TEMPS.
L'horloge du clocher de Saint-Philippe sonna lentement minuit.
Je comptai l'un après l'autre chaque tintement de la cloche, et
le dernier m'arracha un soupir. //Voilà donc," me dis-je, //un jour
i]i\\ vient de se détacher de ma vie, et, quoique les vibrations
décroissantes du son de l'airain frémissent encore à mon oreille,
la partie de mon voyage qui a précédé minuit est déjà tout aussi
loin de moi que le voyage d'Ulysse ou celui de Jason. Dans cet
abîme du passé, les instants et les siècles ont la même longueur,
^t l'avenir a-t-il plus de réalité?" Ce sont deux néants entre les-
quels je me trouve en équilibre comme sur le tranchant d'une
lame. En vérité, le temps me paraît quelque chose de si incon-
cevable, que je serais lente de croire qu'il n'existe réellement pas,
et que ce qu'on nomme ainsi n'est autre chose qu'une punition de
la pensée.
Je me réjouissais d'avoir trouvé cette définition du temps aussi
ténébreuse que le temps lui-même, lorsqu'une autre horloge sonna
minuit, ce qui me donna un sentiment désagréable. Il me reste
toujours un fond d'humeur, lorsque je me suis inutilement occupé
d'un problème insoluble; el je trouvai fort déplacé ce second aver-
tissement de la cloche à un philosophe comme moi. Mais j'éprouvai
décidément un vrai dépit quelques secondes après, lorsque j'entendis
de loin une troisième cloche, celle du couveut des Capucins,
situé sur l'autre rive du Pô, sonner encore minuit, comme par
malice.
Lorsque ma tante appelait une ancienne femme de chambre, un
peu revêche, qu'elle affectionnait cependant beaucoup, elle ne se
contentait pas, dans son impatience, de sonner une fois, mais elle
lirait sans rêlache le cordon de la sonnette jusqu'à ce que la ser-
vante parût. //Arrivez donc, mademoiselle Branchel!" et celle-ci,
fâchée de se voir pressée ainsi, venait tout doucement, et répondait
avec beaucoup d'aigreur : //On y va, madame, on y va.'' Tel fut