Boekgegevens
Titel: Choix de lectures françaises: à l'usage des maisons d'éducation et des personnes qui aiment la prose et la poésie: littérature de l'adolescence et de l'âge mûr
Auteur: Verenet, George C.
Uitgave: Utrecht: J.-G. Broese, 1868
2e ed
Auteursrechten: Zie auteursrechten
Citeerinstructie: Bijzondere Collecties van de Universiteit van Amsterdam, UBM: Obr. 8885
URL: https://schoolmuseum.uba.uva.nl/bookid/LCSM_202173
Onderwerp: Taal- en letterkunde naar afzonderlijke talen: Franse letterkunde
Bekijk als:      
Scan: Afbeeldinggrootte:
   Choix de lectures françaises: à l'usage des maisons d'éducation et des personnes qui aiment la prose et la poésie: littérature de l'adolescence et de l'âge mûr
Vorige scan Volgende scanScanned page
256
vagues muettes, la nuit s'approchant avec ses embûches, la merveille
de notre vaisseau au milieu de tant de merveilles, un équipage
religieux saisi d'admiration et de crainte, un prêtre auguste en prières,
dieu penché sur Tabîme, d'une main retenant le soleil aux portes de
Toccident, de l'autre élevant la lune dans l'orient, et prêtant, à
travers l'immensité, une oreille attentive à la faible voix de sa créa-
ture; voilà ce qu'on ne saurait peindre, et ce que tout le cœur
de l'homme suffit à peine pour sentir.
Passons à la scène terrestre.
Un soir je m'étais égaré dans une grande forêt à quelque distance
de la cataracte de Niagara ; bientôt je vis le jour s'éteindre autour
de moi, et je goûtai, dans toute sa solitude, le beau spectacle d'une
nuit dans les déserts du Non veau-Mon de.
Une heure après le coucher du soleil, la lune se montra au-dessus
des arbres. A l'horizon opposé une brise embaumée, que cette reine
des nuits amenait de l'orient avec elle, semblait la précéder dans
les forêts comme sa fraîche haleine. L'astre solitaire monta peu
dans le ciel : tantôt il reposait sur des groupes de nues qui ressem-
blaient à la cime de hautes montagnes courronnées de neige. Ces
nues, ployant et déployant leurs voiles, se déroulaient en zones
diaphanes de satin blanc, se dispersaient en légers flocons d'écume,
ou formaient dans les cieux des bancs d'une ouate éblouissante, si
doux à l'œil, qu'on croyait ressentir leur mollesse et leur élasticité.
La scène sur la terre n'était pas moins ravissante. Le jour bleu-
âtre et velouté de la lune descendait dans les intervalles des arbres,
et poussait des gerbes de lumière jusque dans l'épaisseur des plus
profondes ténébres. La rivière, qui coulait à mes pieds, tour-à-tour
se perdait dans les bois, tour à-tour reparaissait toute brillante des
constellations de la nuit, qu'elle répétait dans son sein. Dans une
vaste prairie, de l'autre côté de cette rivière, la clarté de la lune
dormait sans mouvement sur les gazons. Des bouleaux agités par
les brises, et dispersés cà et là dans la savane, formaient des îles
d'ombres flottantes, sur une mer immobile de lumière. Auprès, tout
était silence et repos, hors la chute de quelques feuilles, le passage
brusque d'un vent subit, les gémissements rares et interrompus de
la hulotte, mais au loin, par intervalles, on entendait les roulements
solennels de la cataracte de Niagara, qui, dans le calme de la nuit, se pro-
longeaient de désert en désert, et expiraient à travers les forêts solitaires,
La grandeur, l'étonnante n)élancolie de ce tableau, ne sauraient
s'exprimer dans les langues humaines; les plus belles nuits en Europe