Boekgegevens
Titel: Choix de lectures françaises: à l'usage des maisons d'éducation et des personnes qui aiment la prose et la poésie: littérature de l'adolescence et de l'âge mûr
Auteur: Verenet, George C.
Uitgave: Utrecht: J.-G. Broese, 1868
2e ed
Auteursrechten: Zie auteursrechten
Citeerinstructie: Bijzondere Collecties van de Universiteit van Amsterdam, UBM: Obr. 8885
URL: https://schoolmuseum.uba.uva.nl/bookid/LCSM_202173
Onderwerp: Taal- en letterkunde naar afzonderlijke talen: Franse letterkunde
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   Choix de lectures françaises: à l'usage des maisons d'éducation et des personnes qui aiment la prose et la poésie: littérature de l'adolescence et de l'âge mûr
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l'objet uue telle défaveur en Europe, que je ne puis faire un
pas sans en rencontrer les elTets. Les uns craignent de se
compromettre en me voyant, les autres se croient des Romains
en triomphant de cette crainte. Les plus simples rapports de
la société deviennent des services qu'une âme fière ne peut
supporter. Parmi mes amis, il en est qui se sont associés à mon
sort avec une admirable générosité; mais j'ai vu les sentiments
les plus intimes se briser contre la nécessité de vivre avec moi
dans la solitude, et j'ai passé ma vie depuis huit ans entre la
crainte de ne pas obtenir des sacrifices, et la douleur d'en être
l'objet. Il est peut-être ridicule d'entrer ainsi dans le détail de ses
impressions avec le souverain du monde; mais ce qui vous a donné
le monde, Sire, c'est un souverain génie. El, en fait d observation
sur le cœur humain, Votre Majesté comprend depuis les plus vastes
ressorts jusqu'aux plus délicats. Mes fils n'ont point de carrière,
ma fille a treize ans; dans peu d'années il faudra l'établir; il y
aurait de l'égoïsme à la forcer de vivre dans les insipides séjours où
je suis condamnée. Il faudrait donc aussi me séparer d'elle! Cette
vie n'est pas lolérable el je n'y sais aucun remède sur le continent.
Quelle ville puis-je choisir où la disgrâce de Votre Majesté ne mette
pas un obstacle invincible à l'établissement de mes enfants comme
à mon repos personnel ? Voire Majesté ne sait peut être pas elle-même
la peur que les exilés font à la plupart des autorités de tous les
pays, el j'aurais dans ce genre des choses à lui raconter qui dé-
passent sûrement ce qu'elle aurait ordonné. On a dit à Votre Ma-
jesté que je regrettais Paris à cause du Musée el de Talma ; c'est
une agréable plaisanterie sur l'exil, c'est-à-dire sur le malheur quo
Cicéron et Bolingbroke I) ont déclaré le plus insupportable de tous;
mais quand j'aimerais les chefs-d'œuvre des arts que la France doit
aux conquêtes de Votre Majesté, quand j'aimerais ces belles tragé-
dies, images de l'héroïsme, serait-ce à vous. Sire, à m'en blâmer?
Le bonheur de chaque individu ne se compose-t-il pas de la nature
de ses facultés? et si le ciel m'a donné du talent, n'ai je pas l'ima-
gination qui rend les jouissances des arts et de l'espril nécessaires?
Tant de gens demandent à votre Majesté des avantages réels de
toute espèce! pourquoi rougirais-je de lui demander l'amitié, la
poésie, la musique, les tableaux, toute celte existence idéale dont
1) Ministre de la guerre sous la reine Anue, et l'un des hommes d'État
les plus célèbres du XVIlIe siècle. Il fut proscrH par le parlement.