Boekgegevens
Titel: Choix de lectures françaises: à l'usage des maisons d'éducation et des personnes qui aiment la prose et la poésie: littérature de l'adolescence et de l'âge mûr
Auteur: Verenet, George C.
Uitgave: Utrecht: J.-G. Broese, 1868
2e ed
Auteursrechten: Zie auteursrechten
Citeerinstructie: Bijzondere Collecties van de Universiteit van Amsterdam, UBM: Obr. 8885
URL: https://schoolmuseum.uba.uva.nl/bookid/LCSM_202173
Onderwerp: Taal- en letterkunde naar afzonderlijke talen: Franse letterkunde
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   Choix de lectures françaises: à l'usage des maisons d'éducation et des personnes qui aiment la prose et la poésie: littérature de l'adolescence et de l'âge mûr
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Schiller était le meilleur ami, le meilleur père, le meilleur époux ;
aucune qualité ne manquait à ce caractère doux et paisible, que le
talent seul enflammait: l'amour de la liberté, le respect pour les
femmes, Tenthousiasme des beaux-arts, Tadoration pour la Divinité,
animaient son génie; et, dans l'analyse de ses ouvrages, il sera
facile de montrer à quelle vertu ses chefs-d'œuvre se rapportent. On
dit beaucoup que l'esprit peut suppléer à tout; je le crois, dans
les écrits où le savoir-faire domine, mais quand on veut peindre
la nature humaine dans ses abîmes, l'imagination même ne suffit
pas; il faut avoir une àme que la tempête ait agitée, mais où le
ciel soit descendu pour ramener le calme.
La première fois que j'ai vu Schiller, c'était dans le salon du
duc et de la duchesse de VVeimar, en présence d'une société aussi
éclairée qu'imposante; il lisait très-bien le français, mais il ne l'avait
jamais parlé: je soutins avec chaleur la supériorité de notre système
dramatique sur tous les autres; il ne se refusa point à me combattre,
et sans s'inquiéter des difficultés et des lenteurs qu'il éprouvait en
s'exprimant en français, sans redouter non plus l'opinion des auditeurs,
qui était contraire à la sienne , sa conviction intime le fit parler. Je me
servis d'abord, pour le réfuter, des armes françaises, la vivacité et la
plaisanterie; mais bientôt je démêlai, dans ce que disait Schiller,
tant d'idées à travers l'obstacle des mots; je fus si frappée de cette
simplicité de caractère, qui portait un homme de génie à s'engager
ainsi dans une lutte où les paroles manquaient à ses pensées; je
le trouvai si modeste et si insouciant dans ce qui ne concernait
cjne ces proprés succès, si fier et si animé dans la défense de ce
qu'il croyait la vérité, que je lui vouai, dès cet instant, une
amitié pleine d'admiration.
Atteint, jeune encore, par une maladie sans espoir, ses enfants,
ça femme, qui méritait par mille qualités touchantes l'attachement
^u'il avait pour elle, ont adouci ses derniers moment. Madame
dé Wolzogen, amie digne de le éomprendre, lui demanda, quelques
Meures avant sa mort, comment il se trouvait: Toujours plus tran-
quille , lui répondit-il. En effet, n'avait-il pas raison de se confier
à la divinité, dont il avait secondé le règne sur la terre? n'appro-
thait-il pas du séjour des justes? N'est-il pas dans ce moment
auprès de ses pareils, et n'a-t-il pas déjà retrouvé les amis qui
nous attendent?