Boekgegevens
Titel: Choix de lectures françaises: à l'usage des maisons d'éducation et des personnes qui aiment la prose et la poésie: littérature de l'adolescence et de l'âge mûr
Auteur: Verenet, George C.
Uitgave: Utrecht: J.-G. Broese, 1868
2e ed
Auteursrechten: Zie auteursrechten
Citeerinstructie: Bijzondere Collecties van de Universiteit van Amsterdam, UBM: Obr. 8885
URL: https://schoolmuseum.uba.uva.nl/bookid/LCSM_202173
Onderwerp: Taal- en letterkunde naar afzonderlijke talen: Franse letterkunde
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   Choix de lectures françaises: à l'usage des maisons d'éducation et des personnes qui aiment la prose et la poésie: littérature de l'adolescence et de l'âge mûr
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|je ■■rince rte né en 1735, mort en 1815.
Quoique d'origine étrangère, il appartient à ia France littéraire
par la tournure de son esprit et ia pureté avec laquelle il écrit
la langue Française, il rappelle Voltaire par la facilité piquante
de son style el l'agrément de ses saillies.
LE LAPIN DE LA FONTAINE 1).
Je m'étais enuyé longtemps, et j'en avais ennuyé bien d'autres.
Je »oulus aller m'ennuycr tout sjul. J'ai une fort belle forêt; j'y
allai un jour, ou, pour mienx dire, un soir, pour tirer un lapin.
C'était l'heure de l'aifût. Quantité de laperaux paraissaient, dis-
paraissaient , se grattaient le nez, faisaient mille bonds, mille tours,
mais toujours si vite, que je n'avais pas le temps de lâcher mon
coup. Un ancien, d'un poil un peu plus gris, d'une allure plus
posée , parut tout d'un coup au bord de son terrier. Après avoir
fait sa toilette tout à son aise (car c'est de là qu'on dit: propre
comme un lapin), voyant que je le tenais au bout de mon fusil:
//Tire donc," me dit-il,//qu'attends-tu?"— Oh! je vous avoue que
je fus saisi d'étonnement ! ,. . Je n'avais jamais tiré qu'à la guerre
sur des animaux qui parlent. «Je n'en ferai rien", lui dis-je,
ntu es sorcier, je crois." — «Moi, point du tout, me répon-
dit-il, »je suis un vieux lapin de La Fontaine." —Oh! pour le
coup, je tombai de mon haut. Je me mis à ses petits pieds; je
iui demandai mille pardons , et lui fis des reproches de ce qu'il s'était
exposé. » Eh ! d'où vient cet ennui de vivre ?" — n De tout ce que je.
vois." —oAli! repris-je, n'avez-vous pas le même thym, le même
serpolet?"— nOui, mais ce ne sont plus les mêmes gens. Si tu savais
avec qui je suis obligé de passer ma vie ! Hélas! ce ne sont plus les
bêtes de mon temps. Ce sont de petits lapins musqués qui cherchent
des tleurs. ils veulent se nourrir de roses, au lieu d'une bonne
feuille de chou, qui nous suffisait autrefois. Ce sont des lapins
géomètres, politiques, philosophes, que sais-je : d'autres qui ne par-
len. qu'allemand; d'autres qui partent un français que je n'entends
pas davantage. Si je sors de mon trou pour passer chez quelque
gent voisine, c'est de même; je ne comprends plus personne. Lps
bêles d'aujourd'hui ont tant d'esprit! Enfin, vous le dirai-je, à
1) AUéjjoric coatre les Français du 18« siècle.