Boekgegevens
Titel: Choix de lectures françaises: à l'usage des maisons d'éducation et des personnes qui aiment la prose et la poésie: littérature de l'adolescence et de l'âge mûr
Auteur: Verenet, George C.
Uitgave: Utrecht: J.-G. Broese, 1868
2e ed
Auteursrechten: Zie auteursrechten
Citeerinstructie: Bijzondere Collecties van de Universiteit van Amsterdam, UBM: Obr. 8885
URL: https://schoolmuseum.uba.uva.nl/bookid/LCSM_202173
Onderwerp: Taal- en letterkunde naar afzonderlijke talen: Franse letterkunde
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   Choix de lectures françaises: à l'usage des maisons d'éducation et des personnes qui aiment la prose et la poésie: littérature de l'adolescence et de l'âge mûr
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vemoiit; ie chêne an tronc raide ne courbe que ses branches,
l'élastique sapin balance sa iîaute pyramide, le peuplier robuste
agite son feuillage mobile, et le bouleau laisse flotter le sien dans
les airs comme une longue chevelure. Ils semblent animés de pas-
sions: l'un s'incline profondément auprès de son voisin comme devant
un supérieur, l'autre semble vouloir l'embrasser comme un ami, un
autre s'agite en tout sens comme après d'un ennemi. Le respect,
l'amitié, la colère, semblent passer tour à tour de l'un à l'autre
comme dans le cœur des hommes, et ces passions versatiles ne sont
au fond que les jeux des vents. Quelquefois un vieux chêne élève
<iu milieu d'eux ses longs bras dépouillés de feuilles et immobiles.
*4ommc un vieillard, il ne prend plus de part aux agitations qui
l'environnent; il a vécu dans un autre siècle. Cependant ces grands
corps insensibles font entendre des bruits profonds et mélancoliques.
Ce ne sont point des accents distincts ; ce sont des murmures confus
comme ceux d'un peuple, qui célèbre au loin une fête par des
acclamations. 11 n'y a point de voix dominantes : ce sont des sons
monotones, parmi lesquels se font entendre des bruits sourds et
profonds, qui nous jettent dans une tristesse pleine de douceur.
Ainsi les murmures d'une forêt accompagnent les accents du ros-
signol. C'est un fond de concert qui fait ressortir les chants
éclatants des oiseaux, comme la douce verdure est un fond de
couleurs, sur lequel se détache l'éclat des fruits.
Ce bruissement des prairies, ces gazouillements des bois ont des
charmes que je préfère aux plus brillants accords; mon ame s'y
abandonne, elle se berce avec les feuillages ondoyants des arbres,
elle s'élève avec leur cime vers les cieux, elle se transporte dans
les temps qui les ont vus naître et dans ceux qui les verront
mourir; ils étendent dans l'infini mon existence circonscrite et
fugitive, i! me semble qu'ils me parlent, comme ceux de Dodone,
un langage mystérieux; ils me plongent dans d'ineffables rêveries
^ui souvent ont fait tomber de mes mains les livres des philosophes.
Majestueuses forêts, paisibles solitudes qui plus d'une fois avez
calmé mes passions, puissent les cris de la guerre ne troubler
jamais vos résonnantes clairières! n'acompagnez de vos religieux
murmures que les chants des oiseaux, ou les doux entretiens des
amis qui veulent se reposer sous vos ombrages.