Boekgegevens
Titel: Choix de lectures françaises: à l'usage des maisons d'éducation et des personnes qui aiment la prose et la poésie: littérature de l'adolescence et de l'âge mûr
Auteur: Verenet, George C.
Uitgave: Utrecht: J.-G. Broese, 1868
2e ed
Auteursrechten: Zie auteursrechten
Citeerinstructie: Bijzondere Collecties van de Universiteit van Amsterdam, UBM: Obr. 8885
URL: https://schoolmuseum.uba.uva.nl/bookid/LCSM_202173
Onderwerp: Taal- en letterkunde naar afzonderlijke talen: Franse letterkunde
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   Choix de lectures françaises: à l'usage des maisons d'éducation et des personnes qui aiment la prose et la poésie: littérature de l'adolescence et de l'âge mûr
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^e n'en pas abuser, et de ne les employer que pour la défense; il
sait combattre et vaincre, sans jamais attaquer; roi paisible des
oiseaux d'eau, il brave les tyrans de l'air; il attend l'aigle, sans
le provoquer, sans le craindre; il repousse ses assauts, en opposant
à ses armes la résistance de ses plumes, et les coups précipités
d'une aile vigoureuse qui lui sert d'égide ; et souvent la victoire
couronne ses efforts. Au reste, il n'a que ce fier ennemi; tous les
oiseaux de guerre le respectent, et il est en paix avec toute la
nature; il vit en ami plutôt qu'en roi au milieu des nombreuses
peuplades des oiseaux aquatiques, qui toutes semblent se ranger
sous sa loi ; il n'est que le chef, le premier habitant d'une répu-
blique tranquille, où les citoyens n'ont rien à craindre d'un maître
qui ne demande qu'autant qu'il leur accorde, el ne veut que
calme et liberté.
Les grâces de la figure, la beauté de la forme, répondent daus
le cygne à la douceur du naturel ; il plaît à tous les yeux ; il
décore, embellit tous les lieux qu'il fréquente; on l'aime, on l'ap-
plaudit, on l'admire; nulle espèce ne le mérite mieux.
A sa noble aisance, à la facilité, à la liberté de ses mouvements
sur l'eau, on doit le reconnaître, non-seulement comme le premier
des navigateurs ailés, mais comme te plus beau modèle que la nature
nous ait offert pour l'art de la navigation. Son cou élevé et
sa poitrine relevée et arrondie, semblent en effet figurer la proue du
navire fendant l'onde; son large estomac en présente la carène; son
corps, penché en avant pour cingler, se redresse à l'arrière else
relève en poupe; sa queue est un vrai gouvernail; ses pieds sont de
larges rames, et ses grandes ailes demi-ouvertes au vent, et douce-
ment enflées, sont les voiles qui poussent le vaisseau vivant, navire
et pilote à la fois.
Fier de sa noblesse, jaloux de sa beauté, le cygne semble faire
parade de' tous ses avantages; il a l'air de châ'cher à recueillir
des suifrages, à captiver les regards, et il les captive en effet,
soit que, voguant en troupe, on voie de loin, au milieu des grandes
eaux, cingler la flotte ailée; soit que, s'en détachant, et s'appro-
chant du rivage aux signaux qui l'appelleiit, il vienne se faire admirer
de plus près, en étalant ses beautés, et développant ses grâces par
mille mouvements doux, ondulants et suaves.
Aux avantages de la nature, le cygne réunit ceux de la liberté;
il n'est pas du nombre de ces esclaves que nous puissions con-
traindre ou renfermer: libre sur nos eaux, il n'y séjourne et ne
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