Boekgegevens
Titel: Choix de lectures françaises: à l'usage des maisons d'éducation et des personnes qui aiment la prose et la poésie: littérature de l'adolescence et de l'âge mûr
Auteur: Verenet, George C.
Uitgave: Utrecht: J.-G. Broese, 1868
2e ed
Auteursrechten: Zie auteursrechten
Citeerinstructie: Bijzondere Collecties van de Universiteit van Amsterdam, UBM: Obr. 8885
URL: https://schoolmuseum.uba.uva.nl/bookid/LCSM_202173
Onderwerp: Taal- en letterkunde naar afzonderlijke talen: Franse letterkunde
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   Choix de lectures françaises: à l'usage des maisons d'éducation et des personnes qui aiment la prose et la poésie: littérature de l'adolescence et de l'âge mûr
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mes en place. On veut se venger de leur grandeur, en l^-s accusanl;
on veut se faire valoir, en racontant drs anecdotes étranges, lieu
est de la conversation comme d'un spectacle, comme d'une tragédie,
dans laquelle il faut attacher par de grondes passions et par de
grands crimes.
Il n'y a point aujourd'hui de nation qui murmure pins que la
française, qui obéisse mieux, et qui oublie plus vite.
Un poète anglais est un homme libre, qui asservit sa langue à
son génie; le Français est m) esclave de la rime, obligé de faire
quelquefois quatre vers pour exprimer ime pensée qu'un Anglais
peut rendre en une seule liifne. L'Anglais dit tout ce qu'il veut,
le Français ne dit que ce qu'il peut. L'un court dans une carrière
vaste, et l'autre marche avec des entraves dans un chemin glissant.
La langue française est de toutes les langues celle qui exprime
avec le plus de facilité, de netteté et de délicatesse tous les
objets de la conversation des honnêtes gens, et par là elle contribue
dans toute l'Europe à un des plus grands agréments de la vie.
Plus on avance en âge et en connaissances, plus on doit se
repentir d'avoir écrit. Il n'y a presque aucun de mes ouvrages
dont je sois content, et il y en a quelques-uns que je voudrais
n'avoir jamais faits.
vSi quelqu'un doit se plaindre des lettres, c'est moi, puisque
dans tous les temps et dans tous les lieux, elles ont servi à me
persécuter', mais il faut les aimer malgré l'abus qu'on en fait,
comme il faut aimer la société, dont tant d'hommes méchants
corrompent les douceurs; comme il faut aimer sa patrie, quelques
injustices qu'on y essuie; comme il faut aimer et servir l'Être-
Suprème, malgré les superstitions et le fanatisme qui déshonorent
si souvent son culte.
Quelques Français, qui ne connaissent les tragédies et les mœurs
étrangères que par des traductions et sur des ouï-dire, les con-
damnent sans aucune restriction; ils sont, ce me semble, comme
des aveugles, qui assureraient qu'une rose ne peut avoir de vives
routeurs, parce qu'ils en compteraient les épines à tâtons.
A Mr. LE MARaUlS D'ARGENSON, 1739.
i»Que direz-vous de moi, Monsieur? Vous me laites sentir vos
bontés de la manière la plus bienfaisante; vous ne semblez me
laisser de sentiments que ceux de la reconnaissance, et il faut avec
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