Boekgegevens
Titel: Choix de lectures françaises: à l'usage des maisons d'éducation et des personnes qui aiment la prose et la poésie: littérature de l'adolescence et de l'âge mûr
Auteur: Verenet, George C.
Uitgave: Utrecht: J.-G. Broese, 1868
2e ed
Auteursrechten: Zie auteursrechten
Citeerinstructie: Bijzondere Collecties van de Universiteit van Amsterdam, UBM: Obr. 8885
URL: https://schoolmuseum.uba.uva.nl/bookid/LCSM_202173
Onderwerp: Taal- en letterkunde naar afzonderlijke talen: Franse letterkunde
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   Choix de lectures françaises: à l'usage des maisons d'éducation et des personnes qui aiment la prose et la poésie: littérature de l'adolescence et de l'âge mûr
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soudain où le premier m avait pris; et je n'ai pas fait cent pas
que je suis plus brisé que si j'avais fait dix lieues.
On s'atlacbe ici beaucoup aux sciences, mais je ne sais si on
est fort savant. La fureur de la plupart des Français, c'est
d'avoir de l'esprit; et la fureur de ceux qui croient avoir de l'esprit,
c'est d'écrire des livres. Cependant il n'y a rien de si mal imaginé;
la nature semblait avoir sagement pourvu à ce que les sottises des
hommes fussent passagères, et les livres les immortalisent. Un sol
devrait se contenter d'avoir ennuyé tous ceux qui ont vécu avec
lui; il veut encore tourmenter les races futures; il veut que sa
sottise triomphe de l'oubli, dont il aurait pu jouir comme du
tombeau; il veut que la postérité soit informée qu'il a vécu, et
qu'elle sache à jamais qu'il a été un sot.
Je l'écris sur ce sujet parce que je suis outré d'un livre que je
viens de quitter, qui est si gros qu'il semblait contenir la science
universelle; mais il m'a rompu la tète, sans m'avoir rien appris.
Je me trouvai l'autre jour dans une compagnie, où je vis un
homme bien content de lui. Dans un quart d'heure il décida
trois questions de morale, quatre problèmes historiques et cinq
points de physique. Je n'ai jamais vu un décisionnaire si univer-
sel; son esprit ne fut jamais suspendu par le moindre doute. Je
voulus l'attraper, et je dis en moi-même: 11 faut que je me
mette dans mon fort, je vais me réfugier dans mon pays. Je lui
parlai donc de la Perse, mais à peine lui eus-je dit quatre mots
qu'il me donna deux démentis fondés sur l'autorité de messieurs
Tavernier et Chardin 1). Ah ! bon dieu! dis-je en moi-même, quel
homme est-ce là? Il connaîtra tout à l'heure les rues d'Ispahan
mieux que moi. Won parti fut bientôt pris; je me tus, je le
laissai parler, el il décide encore.
MITHRIDATE.
De tous les rois que les Romains attaquèrent, Mithridate seul
se défendit avec courage et les mit en péril.
La situation de ses États était admirable pour leur faire la
1) Deux voyageurs qui ont visité la Perse.