Boekgegevens
Titel: Choix de lectures françaises: à l'usage des maisons d'éducation et des personnes qui aiment la prose et la poésie: littérature de l'adolescence et de l'âge mûr
Auteur: Verenet, George C.
Uitgave: Utrecht: J.-G. Broese, 1868
2e ed
Auteursrechten: Zie auteursrechten
Citeerinstructie: Bijzondere Collecties van de Universiteit van Amsterdam, UBM: Obr. 8885
URL: https://schoolmuseum.uba.uva.nl/bookid/LCSM_202173
Onderwerp: Taal- en letterkunde naar afzonderlijke talen: Franse letterkunde
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   Choix de lectures françaises: à l'usage des maisons d'éducation et des personnes qui aiment la prose et la poésie: littérature de l'adolescence et de l'âge mûr
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LA DURETE ENVERS LES INDIGENTS,
On accompagne souvent la miséricorde de tant de dureté envers
les malheureux; en leur tendant une main secourable, on leur
montre un visage si dur et si sévère, qu'un simple refus eût élé
moins accablant pour eux qu'une charité si sèche et si farouche ;
car la pitié, qui paraît touchée de leurs maux, les console presque
autant que la libéralité qui les soulage. On leur reproche leur
force, leur paresse, leurs mœurs errantes et vagabondes; on s'en
prend à eux de leur indigence et de leur misère; et en les secou-
rant, on achète le droit de les insulter.
Mais s'il était permis à ce malheureux que vous outragez, de
vous répondre; si l'abjection de son état n'avait pas mis le frein
de la honte el du respect sur sa langue: »Que me reprochez-vous?"
vous dirait-il, »une vie oiseuse et des mœurs inutiles et errantes?
Mais quels sont les soins qui vous occupent dans votre opulence? Les
soucis de l'ambition, les inquiétudes de la fortune, les mouvements
de la volupté. Je puis être un serviteur inutile : n'êtes-vous pas vous-
même un serviteur infidèle? Ah! si les plus coupables étaient les
plus pauvres et les plus malheureux ici-bas, votre destinée aurait-
elle quelque chose au-dessus de la mienne. Vous me reprochez
des forces dont Je ne me sers pas; mais quel usage faites-vous
des vôtres? Je ne devrais pas manger, parce que je ne travaille
point; mais êtes-vous dispensé vous-même de celle loi? N'êtes-
vous riche que pour vivre dans une indigne mollesse? Ah! dieu
jugera entre vous et moi; et, devant son tribunal redoutable, on
verra si vos voluptés et vos profusions vous étaient plus permises
que l'artifice dont je me sers pour trouver du soulagement à mes
peines."
Offrons du moins aux malheureux des cœurs sensibles à leui^s
misères; adoucissons du moins, par notre humanité, le joug de
l'indigence, si la médiocrité de notre fortune ne nous permet pas
d'en soulager tout à fait nos frères. Hélas! on donne dans un
spectacle des larm^^s aux aventures chimériques d'un personnage de
théâtre; on honore des malheurs feints d'une véritable sensibilité ;
on sort d'une représentation, le cœur encore tout ému du récit de
l'infortune d'un héros fabuleux ; et votre frère, que vous rencontrez
au sortir de là, couvert de plaies, el qui veut vous entretenir de
l'excès de ses peines, vous trouve insensible! et vous détournez
vos yeux de ce spectacle de religion! et vous ne daignez pas l'en-