Boekgegevens
Titel: Choix de lectures françaises: à l'usage des maisons d'éducation et des personnes qui aiment la prose et la poésie: littérature de l'adolescence et de l'âge mûr
Auteur: Verenet, George C.
Uitgave: Utrecht: J.-G. Broese, 1868
2e ed
Auteursrechten: Zie auteursrechten
Citeerinstructie: Bijzondere Collecties van de Universiteit van Amsterdam, UBM: Obr. 8885
URL: https://schoolmuseum.uba.uva.nl/bookid/LCSM_202173
Onderwerp: Taal- en letterkunde naar afzonderlijke talen: Franse letterkunde
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   Choix de lectures françaises: à l'usage des maisons d'éducation et des personnes qui aiment la prose et la poésie: littérature de l'adolescence et de l'âge mûr
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des hommes s'écoulent comme les ondes d'un fleuve rapide: rien ne
peut arrêter le temps, qui entraîne après lui tout ce qui paraît le
plus immobile. Toi-même, ô mon fils, mon cher fils, toi-même,
qui jouis maintenant d'une jeunesse si vive et si féconde en plaisirs,
souviens-toi que ce bel âge n'est qu'une fleur, qui sera presque
aussitôt séchée qu'éclose: tu te verras changer insensiblement ; les
grâces riantes, les doux plaisirs qui t'accompagnent, la force, la
santé, la joie, s'évanouiront comme un beau songe; il ne t'en res-
tera qu'un triste souvenir; la vieillesse languissante et ennemie des
plaisirs viendra rider ton visage, courber ton corps, affaiblir tes
membres, faire tarir dans ton cœur-la source de la joie, te dégoûter
du présent, te faire craindre l'avenir, te rendre insensible à tout,
excepté à la douleur. Ce temps te paraît éloigné. Hélas! tu te
trompes, mon fils; il se hâte, le voilà qui arrive: ce qui vient avec
tant de rapidité n'est pas loin de toi, et le présent qui s'enfuit est
déjà bien loin, puisqu'il s'anéantit dans le moment que nous parlons,
et ne peut plus se rapprocher. Ne compte donc jamais, mon fils,
sur le présent; mais soutiens-toi dans le sentier rude et âpre de la
vertu, par la vue de l'avenir. Prépare-toi, par des mœurs pures
et par l'amour de la justice, une place dans l'heureux séjour de
la paix.
ÂU DUC DE CHEVREUSE,
Cambray, 1709.
»Je profite, mon bon duc, d'une occasion sûre pour vous dire
que toute cette frontière est consternée; les troupes y manquent
d'argent, et on est tous les jours au dernier morceau de pain. Ceux
qui sont chargés des affaires sont eux-mêmes rebutés et dans un
véritable accablement. Les soldats languissent et meurent, les corps
entiers dépérissent, et ils nont pas même l'espérance de se remettre
Vous savez que je n'aime point à me mêler des affaires qui sont
au-dessus de moi, mais celles-ci deviennent si fortement les nôtres,
qu'il nous est permis, ce me semble, craindre que les ennemis
ne nous envahissent dans la campagne prochaine. Je ne sais si je
me trompe, mais il me semble que je n'ai aucune peur pour ma
personne ni pour mon intérêt particulier, mais j'aime la France,
et je suis attaché, comme je le dois être, au roi et à la famille
royale. Voyez ce que vous pourrez dire là-dessus au ministre.