Boekgegevens
Titel: Choix de lectures françaises: à l'usage des maisons d'éducation et des personnes qui aiment la prose et la poésie: littérature de l'adolescence et de l'âge mûr
Auteur: Verenet, George C.
Uitgave: Utrecht: J.-G. Broese, 1868
2e ed
Auteursrechten: Zie auteursrechten
Citeerinstructie: Bijzondere Collecties van de Universiteit van Amsterdam, UBM: Obr. 8885
URL: https://schoolmuseum.uba.uva.nl/bookid/LCSM_202173
Onderwerp: Taal- en letterkunde naar afzonderlijke talen: Franse letterkunde
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   Choix de lectures françaises: à l'usage des maisons d'éducation et des personnes qui aiment la prose et la poésie: littérature de l'adolescence et de l'âge mûr
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au point de la plus haute perfection, et certains endroits furent
poussés comme les aurait poussés l'apôtre Saint-Paul.
L'archevêque de R. revenait hier fort vite de Saint-Germain ;
c'était comme un tourbillon; il croit bien être grand seigneur,
mais ses gens le croient encore plus que lui. Ils passaient au
travers de Nanlerre, tra, ira, tra ; ils rencontrent un homme à
cheval: gare! gare! ce pauvre homme veut se ranger, son cheval
ne veut pas; enfin le carrosse et les six chevaux renversent le
pauvre homme et le cheval, et passent par-dessus, et si bien par-
dessus, que le carrosse en fut versé et renversé. En même temps
l'homme et le cheval, au lieu de s'amuser à être roués ou estropiés;
se relèvent miraculeusement, remontent l'un sur l'autre, et s'enfuient
et courent encore, pendant que les laquais de Mr. de R., et le
cocher, et Mr. de R. même, se mettent à crier: Arrête, arrête ce
coquin , qu'on lui donne cent coups! Et l'archevêque, en racontant
ceci, disait; »Si j'avais tenu ce maraud-là, je lui aurais rompu
les bras et coupé les oreilles."
A SA FILLE,
H J'ai écrit à votre frère, ma chère comtesse , quoique je lui eusse
déjà fait mon compliment. Je le prie de lire dans cette triste
garnison où il n'y a rien à faire; je lui dis que, puisqu'il aime la
guerre, c'est quelque chose de monstrueux de n'avoir point envie
de voir les livres qui en parlent, et de connaître les gens qui ont
excellé dans cet art. Je le gronde, je le tourmente; j'espère que
nous le ferons changer; ce serait la première porte qu'il nous aurait
refusé d'ouvrir. Je suis moins fâchée qu'il aime un peu à dormir,
sachant bien qu'il ne manquera jamais à ce qui touche sa gloire,
que je ne le suis de ce qu'il aime à jouer. Je lui fais entrevoir
que c'est une ruine: s'il joue peu, il perdra peu; mais c'est une
petite pluie qui mouille : s'il joue souvent, il sera trompé; il faudra
payer; et s'il n'a point d'argent, ou il manquera de parole, ou
il prendra sur son nécessaire. On est malheureux aussi parce qu'on
est ignorant; car même, sans être trompé, il arrive qu'on perd
toujours. Enfin, ma fille, ce serait une très-mauvaise chose et pour
lui et i)our vous qui en sentiriez le contre-coup. Le marquis
serait donc bien heureux d'aimer à lire. La jolie, l'heureuse disposi-
tion! on est au-dessus de l'ennui et de l'oisiveté, deux vilaines bêtes.'*