Boekgegevens
Titel: Choix de lectures françaises: à l'usage des maisons d'éducation et des personnes qui aiment la prose et la poésie: littérature de l'adolescence et de l'âge mûr
Auteur: Verenet, George C.
Uitgave: Utrecht: J.-G. Broese, 1868
2e ed
Auteursrechten: Zie auteursrechten
Citeerinstructie: Bijzondere Collecties van de Universiteit van Amsterdam, UBM: Obr. 8885
URL: https://schoolmuseum.uba.uva.nl/bookid/LCSM_202173
Onderwerp: Taal- en letterkunde naar afzonderlijke talen: Franse letterkunde
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   Choix de lectures françaises: à l'usage des maisons d'éducation et des personnes qui aiment la prose et la poésie: littérature de l'adolescence et de l'âge mûr
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mots du mari: //Eh bien! enfin voyons, faut-il les tuer tous deux?"
A quoi ia femme répondit: »Oui." Et je n'entendis plus rien.
Que vous dirai-je? Je restai respirant à peine, tout mon corps
froid comme un marbre; à me voir vous n'eussiez su si j'étais mort
ou vivant. Ciel! quand j'y pense encore!... Nous deux presque
sans armes, contre eux douze ou quinze, qui en avaient tant ! Et
mon camarade mort de sommeil et de fatigue ! L'appeler, faire du
bruit, je n'osais; m'échapper tout seul, je ne pouvais; la fenêtre
n'était guère *haute, mais en bas deux gros dogues ^hurlant comme
des loups---- En quelle peine je me trouvais, imaginez-le si vous
pouvez. Au bout d'un quart d'heure qui fut long, j'entends sur
l'escalier quelqu'un, et, par les fentes de la porte, je vis le père,
sa lampe dans une main, dans l'autre un de ses grands couteaux.
Il montait, sa femme après lui; moi, derrière la porte: il l'ouvrit;
mais avant d'entrer, il posa la lampe, que sa femme vint prendre,
puis il entre pieds nus, et elle de dehors lui disait à voix basse,
masquant avec ses doigts le trop de lumière de la lampe : //Douce-
ment, va doucement." Quand il fut à l'échelle, il monte, son
couteau entre les dents, et, venu à la hauteur du lit, ce pauvre
jeune homme étendu, offrant sa gorge découverte, d'une main il
prend son couteau, et de l'autre... ah! cousine____il saisit un
jambon qui pendait au plancher, en coupe une tranche, et se relire
comme il était venu. La porte se referme, la lampe s'en va, et
je reste seul à mes réflexions.
Dès que le jour parut, toute la famille à grand bruit vint nous
réveiller, comme nous l'avions recommandé. On apporte à manger;
on sert un déjeuner fort propre, fort bon, je vous assure. Deux
chapons en faisaient partie, dont il fallait, dit notre hôtesse, em-
porter l'un et manger l'autre. En les voyant, je compris enfin le
sens de ces terribles mots: //Faut-il les tuer tous deux?" Et je
vous crois, cousine, assez de pénétration pour deviner à présent ce
que cela signifiait.
Cousine, obligez-moi: ne contez point cette histoire. D'abord,
comme vous voyez, je n'y joue pas un beau rôle, et puis vous
me ia gâteriez. Tenez, je ne vous flatte point; c'est voire figure
qui nuirait à l'effet de ce récit. Moi, sans me vanter, j'ai la mine
comme il faut pour ies contes à faire peur. Mais vous, voulez-
vous conter? Prenez des sujets qui aillent à votre air, Psyché
par exemple."