Boekgegevens
Titel: Littérature de l'enfance: choix de morceaux, destinés à l'usage des écoles
Auteur: Bruinvisch Maatjes, Adrianus
Uitgave: Zwolle: W.E.J. Tjeenk Willink, 1885
6e éd
Opmerking: II: Classes moyennes
Auteursrechten: Zie auteursrechten
Citeerinstructie: Bijzondere Collecties van de Universiteit van Amsterdam, UBM: Obr. 6308
URL: https://schoolmuseum.uba.uva.nl/bookid/LCSM_201348
Onderwerp: Taal- en letterkunde naar afzonderlijke talen: Franse taalkunde
Trefwoord: Frans, Leermiddelen (vorm)
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   Littérature de l'enfance: choix de morceaux, destinés à l'usage des écoles
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ces paroles, le petit médecin me dit en souriant d'un air
plein de malice : „Et vous croyez que ces remèdes lui
sauveront la vie?" „N'en doutez pas", m'écriai-je d'un
ton ferme ; „ils doivent produire cet effet, puisque ce sont
des spécifiques contre toutes sortes de maladies. Demandez
au seigneur Sangrado". „Sur ce pied-là", reprit-il, „Celse
a grand tort d'assurer que, pour guérir plus facilement
un liydropique, il est à propos de lui faire souffrir la soif
et la faim". „Oh! Celse", lui repartis-je, „n'est pas mon
oracle; il se trompait comme un autre, et quelquefois je
me sais bon gré d'aller contre ses opinions". „Je recon-
nais à vos discours", me dit Cuchillo, „la pratique sûre
et satisfaisante dont le docteur Sangrado veut insinuer la
méthode aux jeunes praticiens. La saignée et la boisson
font sa médecine universelle. Je ne suis pas surpris si
tant d'honnêtes gens périssent entre ses mains . .." „N'en
venons point aux invectives", interrompis-je assez brusque-
ment, „un homme de votre profession a bonne grâce de
faire de pareils reproches! Allez, allez, monsieur le doc-
teur, sans saigner et sans faire boire de l'eau chaiide,
on envoie bien des malades en l'autre monde ; et vous en
avez peut-être vous-même expédié plus qu'un autre. Si
vous en voulez au seigneur Sangrado, écrivez contre lui;
il vous répondra, et nous verrons de quel côté seront les
rieurs". „Par Saint Jacques et par saint Denys!" inter-
rompit-il à son tour avec emportement, „vous ne con-
naissez guère le docteur Cuchillo. Sachez, mon ami, que
j'ai bec et ongles, et que je ne crains nullement Sangrado,
qui, malgré sa présomption et sa vanité, n'est qu'un ori-
ginal". La figure du petit médecin me fit mépriser sa
colère. Je lui répliquai avec aigreur; il me repartit de
la même sorte, et bientôt nous en vînmes aux gourmades.
Nous eûmes le temps de nous donner quelques coups de
poing et de nous arracher l'un à l'autre une poignée de
cheveux, avant que l'épicier et son parent pussent nous
séparer. Lorsqu'ils en furent venus à bout, ils me payèrent
ma visite, et retinrent mon antagoniste, qui leur parut
apparemment plus habile que moi.
Le Sage <).
') Célèbre auteur du 18« siècle (1668—1747).