Boekgegevens
Titel: Littérature de l'enfance: choix de morceaux, destinés à l'usage des écoles
Auteur: Bruinvisch Maatjes, Adrianus
Uitgave: Zwolle: W.E.J. Tjeenk Willink, 1885
6e éd
Opmerking: II: Classes moyennes
Auteursrechten: Zie auteursrechten
Citeerinstructie: Bijzondere Collecties van de Universiteit van Amsterdam, UBM: Obr. 6308
URL: https://schoolmuseum.uba.uva.nl/bookid/LCSM_201348
Onderwerp: Taal- en letterkunde naar afzonderlijke talen: Franse taalkunde
Trefwoord: Frans, Leermiddelen (vorm)
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   Littérature de l'enfance: choix de morceaux, destinés à l'usage des écoles
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ment équipé! Qui diable t'a déguisé de la sorte?"
— Tout beau! mon ami", lui répondis-je, „tout beau!
respecte un nouvel Hippocrate. Apprends que je suis le
substitut du docteur Sangrado, qui est le plus fameux
médecin de Yalladolid. Je demeure cbez lui depuis trois
semaines. Il m'a montré la médecine à fond; et, comme
il ne peut fournir à tous les malades qui le demandent,
j'en vois une partie pour le soulager. Il va dans les
grandes maisons, et moi dans les petites". —Fort bien",
reprit Fabrice, „c'est-à-dire, qu'il t'abandonne le sang du
peuple, et se réserve celui des personnes de qualité. Je
te félicite de ton partage; il vaut mieux avoir affaire à
la populace qu'au grand monde. Yive un médecin de
faubourg! ses fautes sont moins en vue, et ses assassinats
ne font point de bruit. Oui, mon enfant, ajouta-t-il, ton
sort me paraît digne d'envie; et, pour parler comme
Alexandre, si je n'étais pas Fabrice, je voudrais être
Gil Bias",
Pour faire voir au fils du barbier Nunez qu'il n'avait
pas tort de vanter le bonheur de ma condition présente,
je lui montrai les réaux de l'alguazil et du pâtissier;
puis nous entrâmes dans un cabaret, pour en boire une
partie. On nous apporta d'assez bon vin, que l'envie
d'en goûter me fit trouver encore meilleur qu'il n'était.
J'en bus à longs traits; et, n'en déplaise à l'oracle latin,
à mesure que j'en versais dans mon estomac, je sentais
que ce viscère ne me savait pas mauvais gré des injustices
que je lui faisais. Nous demeurâmes longtemps dans ce
cabaret, Fabrice et moi; nous y rîmes bien aux dépens
de nos maîtres, comme cela se pratique entre les valets.
Ensuite, voyant que la nuit s'approchait, nous nous sépa-
râmes, après nous être mutuellement promis que le jour
suivant, l'après-dîner, nous nous retrouverions au inême lieu.
Je ne fus pas sitôt au logis, que le docteur Sangrado
y arriva. Je lui parlai des malades que j'avais vus, et
lui remis entre les mains huit réaux qui me restaient des
douze que j'avais reçus pour mes ordonnances. „Huit
réaux!" me dit-il après les avoir comptés, „c'est peu de
chose pour deux visites; mais il faut tout prendre". Aussi
les prit-il presque tous. Il en garda six, et me donna les
deux autres. „Tiens, Gil Bias", poursuivit-il, „voilà pour
commencer à te faire un fonds; je t'abandonne le quart de ce
que tu m'apporteras. Tu seras bientôt riche, mon ami; car
il y aura, s'il plaît à Dieu, bien des maladies cette année".