Boekgegevens
Titel: Littérature de l'enfance: choix de morceaux, destinés à l'usage des écoles
Auteur: Bruinvisch Maatjes, Adrianus
Uitgave: Zwolle: W.E.J. Tjeenk Willink, 1885
6e éd
Opmerking: II: Classes moyennes
Auteursrechten: Zie auteursrechten
Citeerinstructie: Bijzondere Collecties van de Universiteit van Amsterdam, UBM: Obr. 6308
URL: https://schoolmuseum.uba.uva.nl/bookid/LCSM_201348
Onderwerp: Taal- en letterkunde naar afzonderlijke talen: Franse taalkunde
Trefwoord: Frans, Leermiddelen (vorm)
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   Littérature de l'enfance: choix de morceaux, destinés à l'usage des écoles
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besoin d'un bon garçon pour me servir, et je songeais
que tu serais bien mon fait, si tu savais lire et écrire".
„Monsieur", lui répondis-je, „sur ce pied-là je suis donc
votre affaire". „Cela étant", reprit-il, „tu es l'homme
qu'il me faut. Viens chez moi, tu n'y auras que de
l'agrément; je te traiterai avec distinction. Je ne te
donnerai point de gages; mais rien ne te manquera.
J'aurai soin de t'entretenir proprement, et je t'enseignerai
le grand art de guérir toutes les maladies. En un mot,
tu seras plutôt mon élève que mon valet".
J'acceptai la proposition du docteur, dans l'espérance
que je pourrais, sous un si savant maître, me rendre
illustre dans la médecine. Il me mena chez lui sur-le-
champ, pour m'installer dans l'emploi qu'il me destinait;
et cet emploi consistait à écrire le nom et la demeure
des malades qui l'envoyaient chercher pendant qu'il était
en ville. Il y avait pour cet effet au logis un registre,
dans lequel une vieille servante qu'il avait pour tout
domestique, marquait les adresses; mais outre qu'elle ne
savait point l'orthographe, elle écrivait si mal, qu'on
ne pouvait le plus souvent déchiffrer son écriture. Il
me chargea du soin de tenir ce livre, qu'on pouvait
justement appeler un registre mortuaire, puisque les gens
dorlt je prenais les noms, mouraient presque tous. J'in-
scrivais, pour ainsi parler, les personnes qui voulaient
partir pour l'autre monde, comme un commis, dans un
bureau de voitures publiques, écrit le nom de ceux qui
retiennent des places. J'avais souvent la plume à la
main, parce qu'il n'y avait point, en ce temps-là, de
médecin à Valladolid plus accrédité que le docteur San-
grado. Il s'était mis en réputation dans le public par
un verbiage spécieux, soutenu d'un air imposant, et par
quelques cures heureuses qui lui avaient fait plus d'hon-
neur qu'il n'en méritait.
Il ne manquait pas de pratique, ni par conséquent de
bien. Il n'en faisait pas toutefois meilleure chère: on
vivait chez lui très-frugalement. Nous ne mangions d'or-
dinaii'e que des pois, des fèves, des pommes cuites, ou
du fromage. Il disait que ces aliments étaient les plus
convenables à l'estomac, comme étant les plus propres à
la trituration, c'est-à-dire, à être broyés plus aisément.
Néanmoins, bien qu'il les crût de facile digestion, il ne
voulait point qu'on s'en rassasiât; en quoi, certes, il se
montrait fort raisonnable. Mais s'il nous défendait, à la