Boekgegevens
Titel: Littérature de l'enfance: choix de morceaux, destinés à l'usage des écoles
Auteur: Bruinvisch Maatjes, Adrianus
Uitgave: Zwolle: W.E.J. Tjeenk Willink, 1885
6e éd
Opmerking: II: Classes moyennes
Auteursrechten: Zie auteursrechten
Citeerinstructie: Bijzondere Collecties van de Universiteit van Amsterdam, UBM: Obr. 6308
URL: https://schoolmuseum.uba.uva.nl/bookid/LCSM_201348
Onderwerp: Taal- en letterkunde naar afzonderlijke talen: Franse taalkunde
Trefwoord: Frans, Leermiddelen (vorm)
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   Littérature de l'enfance: choix de morceaux, destinés à l'usage des écoles
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12-.'
saient la cuisine, les autres soignaient les bêtes de somme ;
ceux-ci dormaient étendus sur l'herbe, ceux-là se battaient
ou se caressaient ; les mères allaitaient leurs enfants. Je
m'approchai d'un des ménages, et, introduit par mon jeune
guide, fils de la maison, je m'assis sans façon au milieu
de la famille. Le père, Gitano âgé de trente ans, portait
un large pantalon blanc, un gilet rouge, une ceinture
rouge, les bras nus, une queue tressée, un mouchoir
blanc noué autour de la tête, et par dessus, le bonnet
rouge catalan. Sa taille était moyenne, son teint forte-
ment basané, ses membres secs et nerveux. Sa femme
avait un jupon rouge, un corset rouge, une chemise à
longues manches, des amulettes au cou, et la tête nue;
ses longs cheveux noirs, dont une partie était tressée et
garnie de médailles de cuivre, flottaient sur ses épaules.
Elle berçait contre son sein deux petits enfants tout nus.
Près d'elle une pauvre fiévreuse grelottait sur l'herbe,
enveloppée d'une méchante couverture; c'était sa mère.
Elle me demanda si je ne connaissais pas quelque remède
pour la guérir; je lui donnai de l'argent, faute de mieux.
„Les Gitanos ou Bohémiens sont très-rares aujourd'hui
dans cette France qu'ils infestaient au quinzième siècle.
On ne les retrouve guère qu'à Perpignan, Montpellier et
quelques autres villes du littoral de la Méditerranée.
Quelle est leur origine? Les savants ont beaucoup dis-
puté là dessus, et, comme d'ordinaire, ils ont puissamment
embrouillé la question. Walter Scott pense qu'ils des-
cendent de ces tribus d'Israël, emmenées en captivité au
delà du grand fleuve de l'Euphrate. Les érudits de Per-
pignan soutiennent que les Bohémiens sont les restes de
ces Maures si illustres et si puissants, possesseurs de tant
de pays, chassés de France par Charles Martel, et d'Es-
pagne, par Ferdinand le Catholique. D'autres les font
venir directement du plateau de l'Asie centrale, cette
grande manufacture de barbares, à l'usage de nos sa-
vants, au moyen de laquelle ils fabriquent une origine aux
peuples qui n'en ont pas: tout cela n'est pas très-clair.
„Quoi qu'il en soit, les Bohémiens sont restés tels
qu'ils étaient, il y a quatre cents ans... Si le Zingaro
Hayraddin de Walter Scott revenait au monde, il retrou-
verait ses frères dans l'état oîi il les a laissés. Eux
seuls sont restés stationnaires au milieu des progrès de
la civilisation, et ont promené tranquillement au travers
de nos révolutions leur vie insouciante, libre et vaga-