Boekgegevens
Titel: Littérature de l'enfance: choix de morceaux, destinés à l'usage des écoles
Auteur: Bruinvisch Maatjes, Adrianus
Uitgave: Zwolle: W.E.J. Tjeenk Willink, 1885
6e éd
Opmerking: II: Classes moyennes
Auteursrechten: Zie auteursrechten
Citeerinstructie: Bijzondere Collecties van de Universiteit van Amsterdam, UBM: Obr. 6308
URL: https://schoolmuseum.uba.uva.nl/bookid/LCSM_201348
Onderwerp: Taal- en letterkunde naar afzonderlijke talen: Franse taalkunde
Trefwoord: Frans, Leermiddelen (vorm)
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   Littérature de l'enfance: choix de morceaux, destinés à l'usage des écoles
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ces chaleurs pures, sèches et fermes, inconnues dans nos
climats septentrionaux, où la chaleur ne s'élève jamais
aussi haut sans apporter une pesanteur étouffante et ma-
ladive qui énerve à la fois l'esprit et le corps. Tout se
taisait autour de moi; la ville et la campagne semblaient
plongées dans les douceurs de la sieste. Je contemplais,
au milieu du silence et de la solitude, le beau spectacle
que j'avais sous les yeux: à gauche s'étendait le riche
vignoble où se récoltent les vins de Eancio et de Rive-
saltes, bien connus de nos gourmets ; à ma droite se dres-
sait le Canigou, ce géant des Pyrénées, premier anneau
de la grande chaîne du côté de l'orient, et dont le pic,
haut de 8500 pieds et isolé de toutes parts, se découpait
admirablement sur l'aziir du ciel. Les innombrables fla-
ques de neige dont il était tacheté, scintillaient au soleil
comme des paillettes d'argent.... J'admirais depuis une
demi-heure ce majestueux colosse, quand un bruit singulier,
qui se fit entendre à mes côtés, détourna mon attention.
Un enfant de sept ou huit ans dansait autour de moi,
avec des gestes et des poses bizarres. Il accompagnait
ses gambades d'une musique plus bizarre encore, et qui
consistait à faire claquer ses mâchoires l'une contre l'autre,
en se frappant le menton avec le poing. Il était entière-
ment nu, à l'exception d'une chemise bleue qui lui des-
cendait jusqu'aux genoux. Ses traits étaient réguliers, sa
peau d'un brun foncé, ses cheveux légèrement crépus,
ses dents d'une blancheur éclatante; ses yeux larges,
noirs et perçants indiquaient qu'il appartenait à une race
étrangère. Je lui jetai une pièce de monnaie. — Qui
es-tu, pauvre enfant? — Un Gitano. — Où sont tes pa-
rents? — Là-dessous; et il montra le pont. Je fis un
geste de surprise. — Là-dessous, reprit-il avec mauvaise
humeur. — Veux-tu me conduire vers eux? Il se mit
à courir devant moi.
„Sur le bord de la rivière, dans une prairie basse et
ombragée par des saules, campaient une trentaine d'indi-
vidus environ. Ils étaient divisés par groupes de cinq à
six personnes; chaque groupe représentait une famille et
était établi à part; ici, au pied d'un saule, là, à l'ombre
d'un buisson, plus loin, derrière un pan de mur ruiné;
deux o\i trois s'étaient logés sous une arche dtt pont
abandonnée par le courant. L'aspect de ce petit clan
était animé et pittoresque: hommes, femmes, enfants,
vieillards, animaux, tout y était pêle-mêle; les uns fai-