Boekgegevens
Titel: Littérature de l'enfance: choix de morceaux, destinés à l'usage des écoles
Auteur: Bruinvisch Maatjes, Adrianus
Uitgave: Zwolle: W.E.J. Tjeenk Willink, 1885
6e éd
Opmerking: II: Classes moyennes
Auteursrechten: Zie auteursrechten
Citeerinstructie: Bijzondere Collecties van de Universiteit van Amsterdam, UBM: Obr. 6308
URL: https://schoolmuseum.uba.uva.nl/bookid/LCSM_201348
Onderwerp: Taal- en letterkunde naar afzonderlijke talen: Franse taalkunde
Trefwoord: Frans, Leermiddelen (vorm)
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   Littérature de l'enfance: choix de morceaux, destinés à l'usage des écoles
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tons que vous attaquez. Il n'y a point là de géant, ni
de chevalier, ni d'écu d'asperges, ni chat, ni diable; reve-
nez donc. . . . Que va-t-il faire? malheureux que je suis!"
Notre héros, sans Fécouter, galopait toujours en criant:
„Courage, braves chevaliers qui combattez sous les éten-
dards du valeureux Pentapolin! Suivez-moi tous, je vais
le venger d'Alifanfaron de la Taprobane". En disant ces
paroles il entre au milieu du troupeau de moutons^ qu'il
commence à percer de part en part avec une fureur ex-
trême. Les bergers accourent en jetant des cris; mais
voyant que rien ne l'arrêtait, ils chargent leurs frondes
de pierres, et les font siffler autour de sa tête. Notre
héros n'y prenait pas garde, et continuait le carnage, en
disant toujours: „Où es-tu, superbe Alifanfaron? ose pa-
raître devant moi; un seul chevalier le défie". — A
l'instant même, une pierre un peu plus grosse que le
poing l'atteignit au milieu des côtes. Don Quichotte, se
sentant blessé, tire la burette du baume; mais comme il
la portait à sa bouche, une seconde pierre frappe la bu-
rette, la bi'ise, l'enlève, et, chemin faisant, déchire la joue
du héros. La douleur du coup le fit tomber de cheval.
Les bergers craignirent de l'avoir tué; ils se pressent de
ramasser leurs morts, qui montaient à six ou sept mou-
tons, et poursuivent leur route le plus vite qu'ils peuvent.
Sancho, toujours sur la hauteur, regardait les œuvres de
son maître, et s'arrachait la barbe de dépit d'avoir pu
suivre un fou pareil. Quand il le vit par terre, et les
bergers loin, il descendit, et vint le relever en lui disant:
„Ne vous avais-je pas averti, monsieur, que ces deux ar-
mées étaient des moutons?" — „Est-ce ma faute", répond
Don Quichotte, „si le maudit enchanteur qui me persécute,
pour me dérober la gloire de les vaincre, a changé tous
les soldats en moutons? Fais-moi un plaisir, mon ami
Sancho: monte sur ton âne, et suis-les; tu verras qu'à
quelques pas d'ici ils vont tous reprendre leur première
forme". — „11 est plus pressé", répliqua Sancho, „de songer
à vous panser, car votre bouche est pleine de sang". En
prononçant ces mots il cherchait le bissac, et lorsqu'il
aperçut qu'il l'avait oublié dans cette fatale hôtellerie, le
malheureux écuyer fut sur le point de perdre l'esprit.
Il maudit de nouveau son maître, sa sottisse de l'avoir
suivi, et résolut décidément de retourner à son village et
de renoncer à cette île qu'on lui faisait acheter si cher.