Boekgegevens
Titel: Littérature de l'enfance: choix de morceaux, destinés à l'usage des écoles
Auteur: Bruinvisch Maatjes, Adrianus
Uitgave: Zwolle: W.E.J. Tjeenk Willink, 1885
6e éd
Opmerking: II: Classes moyennes
Auteursrechten: Zie auteursrechten
Citeerinstructie: Bijzondere Collecties van de Universiteit van Amsterdam, UBM: Obr. 6308
URL: https://schoolmuseum.uba.uva.nl/bookid/LCSM_201348
Onderwerp: Taal- en letterkunde naar afzonderlijke talen: Franse taalkunde
Trefwoord: Frans, Leermiddelen (vorm)
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   Littérature de l'enfance: choix de morceaux, destinés à l'usage des écoles
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percées, et une infinité d'autres peuples, dont je recon-
nais bien les visages, mais dont je ne puis me rappeler
les noms. Dans l'autre armée, ici, de ce côté, tu vois
les braves guerriers qui s'abreuvent dans les eaux rapi-
des du Bétis, bordé d'oliviers; ceux qui se baignent dans
les flots célèbres du Tage qui roule de l'or; et les pos-
sesseurs des rives heureuses qu'arrose le salubre Xénil ;
et ceux à qui les champs tartésiens fournissent d'abondants
pâturages; et ceux qui trouvent un nouvel Élysée dans
les délicieuses prairies de l'opulent Xérès, et les habi-
tants de la Manche, couronnés de riches épis; et les
antiques restes du sang des Goths, tout couverts de fer
ainsi que leurs pères; ceux à qui la Puiserga offre le
tribut de ses ondes tranquilles; ceux qui conduisent leurs
troupeaux sur les bords tortueux de la Guadiana, dont
la terre engloutit les flots; et ceux qui vivent dans les
forêts, dans les glaces des Pyrénées, ou dans les neiges
des Apennins".
Il est impossible de rappeler toutes les nations, tous
les peuples, toutes les provinces que Don Quichotte
nomma, en affectant à chacune ce qui la distingue en
effet. Le pauvre Sancho, pendu pour ainsi dire à cha-
cune de ses paroles, écoutait avec une grande attention,
et tournait, retournait la tête rapidement de tous côtés,
espérant toujours qu'à la fin il découvrirait quelque chose
de tout ce que lui montrait son maître. Désespéré de ne
rien voir : „Monsieur", lui dit-il, „je me donne au diable,
si, de tant de chevaliers, géants, chevaux, peuples, ba-
taillons que nomme votre seigneurie, j'en aperçois seule-
ment un seul. Il faut qu'il y ait encore là de l'enchan-
tement". — „Eh quoi!" reprit Don Quichotte, „tu n'entends
pas les hennissements des coursiers, le bruit des tambours,
le son des trompettes?" —• „Je n'entends rien du tout,
monsieur, si ce n'est quelques bêlements de movitons".
(En efi^et les deux troupeaux approchaient.) — „La peur
te trouble les sens. Eetire-toi, si tu crains; seul je suffis
pour porter la victoire dans le parti que je vais choisir".
A ces mots, il pique Eossinante, et, la lance en arrêt,
descend la hauteur de toute la vitesse de son coursier.
Sancho, qui dans ce moment aperçut les troupeaux, se
mit à crier de toutes ses forces: „Revenez, seigneur Don
Quichotte; eh! revenez, jarni Dieu! i) ce sont des mou-
') Sorte de jurement que les auteurs comiques mettent quelquefois
dans la bouche des paysans. Jarni est une corruption de je renie.