Boekgegevens
Titel: Littérature de l'enfance: choix de morceaux, destinés à l'usage des écoles
Auteur: Bruinvisch Maatjes, Adrianus
Uitgave: Zwolle: W.E.J. Tjeenk Willink, 1885
6e éd
Opmerking: II: Classes moyennes
Auteursrechten: Zie auteursrechten
Citeerinstructie: Bijzondere Collecties van de Universiteit van Amsterdam, UBM: Obr. 6308
URL: https://schoolmuseum.uba.uva.nl/bookid/LCSM_201348
Onderwerp: Taal- en letterkunde naar afzonderlijke talen: Franse taalkunde
Trefwoord: Frans, Leermiddelen (vorm)
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   Littérature de l'enfance: choix de morceaux, destinés à l'usage des écoles
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m'attendre, il s'était couché. Ce fut quelque consolation; '
mais elle ne dura pas. Dès que je fus au lit, tout ce
qu'il y avait de funeste dans mon aventure, se présenta à
mon imagination. Je n'eus garde de m'endormir. J'en-
visageais toute l'horreur de mon désastre sans y trouver
de remède; et j'eus beau tourner mon esprit de toutes
façons, il ne me fournit aucun expédient.
Je ne craignais rien tant que l'aube du jour: elle ar-
riva pourtant, et le cruel Brinon avec elle. Il était botté
jusqu'à la ceinture; et, faisant claquer un maudit fouet
qu'il tenait à la main: „Debout, M. le chevalier !" s'écria-
t-il en ouvrant mes rideaux", les chevaux sont à la porte
et vous dormez encore! nous devrions avoir déjà fait deux
postes. Çà, de l'argent pour pa^^er dans la maison". —
„Brinon", lui dis-je, d'une voix humiliée, „fermez le
rideau!" — „Comment!" s'écria-t-il, „fermer le rideair!
vous voulez donc faire votre campagne à Lyon? apparem-
ment vous y prenez goût. Et le gros marchand, vous
l'avez dévalisé, n'est-ce pas? M. le chevalier, cet argent
ne vous profitera pas. Ce malheureux a peut-être une
famille; et c'est le pain de ses enfants qu'il a joué et que
vous avez gagné. Cela valait-il la peine de veiller toute
la nuit? Que dirait madame si elle voyait ce train?"
„Monsieur Brinon", lui dis-je, „fermez, s'il vous plaît, le
rideau". Mais, au lieu de m'obéir, on eût dit que le
diable lui fourrait dans l'esprit ce qu'il y avait de plus
sensible et de plus piquant dans un malheur comme le
mien. „Et combien?" me disait-il, „les cinq cents? Que
fera ce pauvre homme? Souvenez-vous que je vous l'ai
dit, M. le chevalier: cet argent ne vous profitera pas.
Est-ce quatre cents? trois? deux? Quoi! ce ne serait
que cent pistoles?" poursuivit-il, voyant que je branlais
la tête à chaque somme qu'il avait nommée. „11 n'y a
pas grand mal à cela; cent pistoles ne le ruineront pas,
pourvu que vous les ayez bien gagnées". — „Brinon,
mon ami", lui dis-je avec un grand soupir, „fermez le
rideau; je suis indigne de voir le jour".
Brinon tressaillit à ces tristes paroles; mais il pensa
s'évanouir quand je lui contai mon aventure.
Hamilton. Mémoires de Grg^mmont^).
») Hamilton, nom d'une grande et célèbre famille d'Ecosse. An-
toine, comte d'Hamilton, écrivain spirituel, né en Irlande en 1646,
suivit ses parents en France après l'exécution de Charles Il re-