Boekgegevens
Titel: Littérature de l'enfance: choix de morceaux, destinés à l'usage des écoles
Auteur: Bruinvisch Maatjes, Adrianus
Uitgave: Zwolle: W.E.J. Tjeenk Willink, 1885
6e éd
Opmerking: II: Classes moyennes
Auteursrechten: Zie auteursrechten
Citeerinstructie: Bijzondere Collecties van de Universiteit van Amsterdam, UBM: Obr. 6308
URL: https://schoolmuseum.uba.uva.nl/bookid/LCSM_201348
Onderwerp: Taal- en letterkunde naar afzonderlijke talen: Franse taalkunde
Trefwoord: Frans, Leermiddelen (vorm)
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   Littérature de l'enfance: choix de morceaux, destinés à l'usage des écoles
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Le petit ragot à qni j'avais affaire, était aussi ques-
tionneur que l'autre. Il me demanda si je venais de
l'armée de Piémont; et lui ayant dit que j'y allais, il
me demanda si je voulais acheter des chevaux ; qu'il en
avait bien deux cents, dont il me ferait bon marché. Je
commençais à être enfumé comme un jambon; et m'en-
nuyant du tabac et des questions, je proposai à mon
homme de jouer une petite pistole au trictrac en atten-
dant que nos gens eussent soupé. Ce ne fut pas sans
beaucoup- de façons qu'il y consentit, et me demandant
pardon de la liberté grande.
Je lui gagnai partie, revanche et le tout dans un
clin d'œil.
Le jeu fini, le petit Suisse déboutonna son haut-de-
chausses pour tirer un beau quadruple d'un de ses gous-
sets; et, me le présentant, il me demanda pardon de la
liberté grande et voulut se retirer. Ce n'était j)as mon
compte. Je lui dis que nous ne jouions que pour nous
amuser, que je ne voulais point de son argent; et que,
s'il voulait, je lui jouerais ses quatre pistoles dans un
tour unique. Il en fît quelque difficulté; mais il se rendit
à la fin et les regagna. J'en fus piqué: j'en rejouai une
autre; la chance tourna, le dé lui devint favorable, les
écoles cessèrent; je perdis partie, revanche et le tout;
les moitiés suivirent, le tout en fut. J'étais piqué; lui,
beau joueur, il ne me refusa rien, et me gagna tout, sans
que j'eusse prix six trous en huit ou dix parties. Je
lui demandai encore un tour pour cent pistoles; mais,
comme il vit que je ne mettais pas au jeu, il me dit
qu'il était tard, qu'il fallait qu'il allât voir ses chevaux,
et se retira, me demandant pardon de la liberté grande.
Le sang-froid dont il me refusa, et la politesse dont il
me fit la révérence, me piquèrent tellement, que je fus
tenté de le tuer. Je fus si troublé de la rapidité dont je
venais de perdre jusqu'à la dernière pistole, que je ne fis
pas d'abord toutes les réflexions qu'il y avait à faire sur
l'état où j'étais réduit.
Je n'osai remonter dans ma chambre, de peur de Bri-
non, mon gouverneur. Par bonheur, s'étant ennuyé de
*) Dans hmt le t ne sonne pas devant une consonne ni devant une
h aspirée; mais il sonne quand il est suivi d'une voyelle ou d'une h
non aspirée ou qu'il est isolé ou final d'une phrase. Il sonne égale-
ment quand huit est pris substantivement: Le huit de cœur. Le
huit mars.