Boekgegevens
Titel: Littérature de l'enfance: choix de morceaux, destinés à l'usage des écoles
Auteur: Bruinvisch Maatjes, Adrianus
Uitgave: Zwolle: W.E.J. Tjeenk Willink, 1885
6e éd
Opmerking: II: Classes moyennes
Auteursrechten: Zie auteursrechten
Citeerinstructie: Bijzondere Collecties van de Universiteit van Amsterdam, UBM: Obr. 6308
URL: https://schoolmuseum.uba.uva.nl/bookid/LCSM_201348
Onderwerp: Taal- en letterkunde naar afzonderlijke talen: Franse taalkunde
Trefwoord: Frans, Leermiddelen (vorm)
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   Littérature de l'enfance: choix de morceaux, destinés à l'usage des écoles
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de trouver la salle où l'on mangeait remplie de figures
extraordinaires. Mon hôte, après m'avoir présenté, m'as-
sura qu'il n'y avait que dix-huit ou vingt de ces mes-
sieurs qui auraient l'honneur de manger avec moi. Je
m'approchai d'une table où l'on jouait, et je faillis mourir
de rire. Je m'étais attendu à voir bonne compagnie et
gros jeu; et c'étaient deux Allemands qui jouaient au
trictrac. Jamais chevaux de carrosse n'ont joué comme
ils faisaient; mais leur figure surtout passait l'imagination.
Celui auprès de qui j'étais, était un petit ragot, gras-
souillet et rond comme une boule. Il avait une fraise
avec un chapeau pointu, haut d'une aune. Non, il n'y a
personne qui, d'un peu loin, ne l'eût pris pour le dôme
de quelque église avec un clocher dessus. Je demandai
à l'hôte ce que c'était. „Un marchand de Bâle", me
dit-il, „qui vient vendre ici des chevaux; mais je crois
qu'il n'en vendra guère de la manière qu'il s'y prend:
car il ne fait que jouer". — „Joue-t-il gros jeu?" lui
dis-je. — „Non pas à présent", dit-il; „ce n'est que pour
leur écot, en attendant le souper; mais quand on peut
tenir le petit marchand en particulier, il joue beau jeu".—
„A-t-il de l'argent?" lui dis-je. — „Oh, oh!" dit le per-
fide, „plût à Dieu que vous lui eussiez gagné mille pis-
toles, et en être de moitié, nous ne serions pas longtemps
à les attendre".
Il ne m'en fallut pas davantage pour méditer la ruine
du chapeau pointu. Je me remis auprès de lui pour l'étu-
dier: il jouait tout de travers, écoles sur écoles. Dieu
sait! Je commençais à me sentir quelques remords sur
l'argent que je devais gagner à une petite citrouille qui
en savait si peu. Il perdit son écot; on servit et je le
fis mettre auprès de moi. C'était une table de réfectoire
où nous étions pour le moins vingt-cinq, malgré les pro-
messes de mon hôte.
Le plus maudit repas du monde fini, toute cette cohue
se dispersa, je ne sais comment, à la réserve du petit
Suisse, qui se tint auprès de moi, et de Thôte qui se vint
mettre de l'autre côté. Ils fumaient comme des dragons,
et le Suisse me disait de temps en temps : Demande par-
don à monsieur de la liberté grande^ et là-dessus m'en-
voyait des bouffées de tabac à m'étouffer, M. Cerise, de
l'autre côté me demanda la liberté de me demander si
j'avais jamais été dans son pays, et parut surpris de me
voir assez bon air sans avoir voyagé en Suisse.