Boekgegevens
Titel: Littérature de l'enfance: choix de morceaux, destinés à l'usage des écoles
Auteur: Bruinvisch Maatjes, Adrianus
Uitgave: Zwolle: W.E.J. Tjeenk Willink, 1885
6e éd
Opmerking: II: Classes moyennes
Auteursrechten: Zie auteursrechten
Citeerinstructie: Bijzondere Collecties van de Universiteit van Amsterdam, UBM: Obr. 6308
URL: https://schoolmuseum.uba.uva.nl/bookid/LCSM_201348
Onderwerp: Taal- en letterkunde naar afzonderlijke talen: Franse taalkunde
Trefwoord: Frans, Leermiddelen (vorm)
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   Littérature de l'enfance: choix de morceaux, destinés à l'usage des écoles
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et lit mordre le croc profondément dans son gosier. Le
gaillard d'arrière de notre brig en éprouva une sorte de
commotion.
Le squale, pour se débarrasser de la chaîne, la fatigua
en tous sens; tantôt doublant sa marche, il venait s'abî-
mer sous la quille du navire, et plongeait à pic jusqu'à
ce que la douleur le ramenât sur l'eau; tantôt il décri-
vait au loin avec sa chaîne raidie des cercles sans fin.
Longtemps nous le laissâmes s'épuiser ainsi en évolutions
stratégiques. Enfin, peu à peu, les secousses étant deve-
nues et plus rares et moins fortes, nous le hissâmes au
gui, forte et longue vergue qui déborde sur l'arrière,
et vîmes bientôt d'assez près notre terrible prisonnier.
Là, suspendu en l'air, accroché par l'émérillon, le re-
quin préluda à un autre genre d'exercice, s'ébranlant
par saccades, jouant à longs coups de queue, se tordant
sur lui-même, souiHant un sang noirâtre, et laissant voir
à travers ses mâchoires béantes quatre luisants râteliers.
Quand il eut dansé au bout de sa potence pendant deux
heures environ, nous nous hasardâmes à le haler, c'est-
à-dire, à le tirer sur le pont. C'était une imprudence;
car à peine eut-il trouvé un point d'appui, qu'il recom-
mença ses haut-le-corps, et souffleta avec sa queue les
cages à poules qui ss trouvaient à sa portée. Ce fut son
dernier acte d'hostilité; qvielques minutes après, il vint
expirer à nos pieds. Même après sa mort, il avait un
aspect encore vorace et redoutable. Pour examiner sans
danger les mâchoires, nous y avions introduit un anspeet,
sorte de levier, qui sert à soulever les ancres, et telle
était encore la force des dents du requin, qu'elles firent
dans ce morceau de bois une entaille profonde. C'est un
terrible animal que le requin!
Il est peu de navigateurs qui n'aient à raconter quelque
lamentable aventure de matelot coupé en deux, amputé
par le requin comme par le plus habile chirurgien. A
croire ces récits, un homme peut être atteint et dévoré
hors de l'eau. Diverses expériences qui ont été faites,
ont donné lieu de croire qu'il y avait exagération dans
ces assertions. Que l'on jette aii requin le plus afi'amé
une amorce à six pouces au-dessus de la surface de l'eau,
il l'abandonne sans faire la moindre tentative pour la
saisir. Il paraît même que sa conformation le prive de
la faculté qu'on lui attribue de bondir hors de l'eau.
Jamais ces poissons n'ont le corps ni la tête au-dessus