Boekgegevens
Titel: Littérature de l'enfance: choix de morceaux, destinés à l'usage des écoles
Auteur: Bruinvisch Maatjes, Adrianus
Uitgave: Zwolle: W.E.J. Tjeenk Willink, 1885
6e éd
Opmerking: II: Classes moyennes
Auteursrechten: Zie auteursrechten
Citeerinstructie: Bijzondere Collecties van de Universiteit van Amsterdam, UBM: Obr. 6308
URL: https://schoolmuseum.uba.uva.nl/bookid/LCSM_201348
Onderwerp: Taal- en letterkunde naar afzonderlijke talen: Franse taalkunde
Trefwoord: Frans, Leermiddelen (vorm)
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   Littérature de l'enfance: choix de morceaux, destinés à l'usage des écoles
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Mort de Turenne^).
Il monta à cheval le samedi à deux heures, après avoir
mangé; et, comme il y avait bien des gens avec lui, il
les laissa tous à trente pas de la hauteur où il voulait
aller, et dit au petit d'Elbeuf: „Mon neveu, demeurez
là; vous ne faites que tourner autour de moi, vous me
feriez reconnaître". M. d'Hamilton, qui se trouva près
de Tendroit où il allait, lui dit: „Monsieur, venez par
ici, on tirera du côté où vous allez". „Monsieur", lui
dit-il, „vous avez raison: je ne veux point du tout être
tué aujourd'hui; cela sera le mieux du monde". Il eut
à peine toiirné son cheval qu'il aperçut Saint-Hilaire, le
chapeau à la main, qui lui dit: „Monsieur, jetez les yeux
sur cette batterie que je viens de faire placer là". M. de
Turenne revint, et dans l'instant, sans s'être ari'êté, il
eut le bras et le corps fracassés du même coup qui em-
porta le bras et la main qui tenait le chapeau de Saint-
Hilaire. Ce gentilhomme, qui le regardait toujours, ne
le voit point tomber; le cheval l'emporte où il avait
laissé le petit d'Elbeuf; il était penché le nez sur l'arçon.
Dans ce moment le cheval s'arrête, le héros tombe entre
les bras de ses gens; il ouvre deux fois de grands yeux
et la bouche, et demeure tranquille pour jamais. Songez
qu'il était mort, et qu'il avait une partie du cœur emportée.
On crie, on pleure; M. d'Hamilton fait cesser ce bruit,
et ôter le petit d'Elbeuf, qui s'était jeté sur ce corps,
qui ne voulait pas le quitter, et qui se pâmait de crier.
On couvre le corps d'un manteau, on le porte dans une
haie, on le garde à petit bruit. Un carrosse vient, on
l'emporte dans sa tente. Ce fut là où M. de Lorges,
M. de Roye, et beaucoup d'autres, pensèrent mourir de
douleur; mais il fallut se faire violence, et songer aux
grandes affaires qu'on avait sur les bras. On lui a fait
un service militaire dans le camp, où les larmes et les
cris faisaient le véritable deuil; tous les officiers avaient
Célèbre général français, né à Sedan eu 1611, mort en 1675.
Bien qu'il fût le premier tacticien de l'Europe, et qu'il joignît à ses
talents toutes les qualités de l'homme privé, on lui reproche avec
raison d'avoir mis à feu et à sang le Palatiuat.
Mme de Sévigné, auteur de cette lettre, s'est placée au rang des
meilleurs écrivains du siècle de Louis XIV par ses Lettres^ écrites
en un style simple, naïf et spirituel.